Cholangiopancréatographie rétrograde endoscopique (CPRE) : Guide complet

Article rédigé par le 30 novembre 2023

Une cholangiopancréatographie rétrograde endoscopique ou CPRE est un examen d’imagerie médicale qui permet d’explorer les voies biliaires, les canaux pancréatiques et la vésicule biliaire.

C’est un examen essentiel dans le diagnostic et surtout dans le traitement des affections bilio-pancréatiques mais aussi dans la surveillance d’une pathologie existante.

Dans cet article, nous allons voir en détails le principe d’une cholangiopancréatographie rétrograde endoscopique, ses principales indications, son déroulement et enfin ses limites.

Cholangiopancréatographie rétrograde endoscopique : 5 points forts

  • 1 – Une cholangiopancréatographie rétrograde endoscopique ou CPRE est une procédure d’imagerie médicale qui combine l’endoscopie et la radiographie qui permet d’explorer les voies biliaires, les canaux pancréatiques et la vésicule biliaire.
  • 2 – La cholangiopancréatographie rétrograde endoscopique ou CPRE est un examen utilisé dans le diagnostic des affections bilio-pancréatiques principalement des obstacles canalaires mais surtout dans le traitement endoscopique de ces pathologies sans avoir recours à la chirurgie à ciel ouvert.
  • 3 – Certaines conditions médicales comme une allergie aux produits de contraste ou aux produits anesthésiants général peut rendre la CPRE inappropriée. Une perforation digestive est une contre-indication à la CPRE.
  • 4 – Avant l’examen, il est important de jeûner au moins pendant 6 heures et une consultation pré anesthésique est requise.
  • 5 – En cas de symptômes récurrents pouvant indiquer une affection bilio-pancréatique, n’hésitez pas à aller consulter votre médecin pour une prise en charge efficace.

Rappels anatomiques de l’arbre canalaire bilio-pancréatique

Le foie est parcouru par de nombreuses voies biliaires qui ont pour rôle d’acheminer la bile, qui est secrétée et stockée dans la vésicule biliaire, vers le canal cholédoque (voie biliaire principale) pour déboucher dans la première partie du duodénum.

Le pancréas dispose de nombreux canaux pour transporter les enzymes digestives vers le duodénum, qui est la première partie de l’intestin grêle. Ces enzymes sont essentielles à la digestion des aliments.

l’ampoule de Vater, aussi connue sous le nom d’ampoule hépatopancréatique, est un endroit crucial où les canaux biliaires et pancréatiques se rejoignent avant de se déverser dans le duodénum

Cholangiopancréatographie rétrograde endoscopique : définition – principe

Une CPRE est une procédure d’imagerie médicale qui combine l’endoscopie et la radiographie.

Elle consiste à introduire un endoscope ou duodénoscope (tube mince et flexible munie d’une caméra et d’une source lumineuse) par la bouche qui progressera dans l’estomac pour arriver dans le duodénum au niveau de l’ampoule de Vater.

L’endoscope est relié à un écran qui permet de guider l’endoscope et de suivre le déroulement de l’examen.

Un cathéter sera ensuite inséré à travers l’endoscope pour permettre l’injection d’un produit de contraste qui va opacifier l’arbre biliaire et les canaux pancréatiques avant de procéder à la radiographie standard.

La cholangiopancréatographie rétrograde endoscopique propose une vue générale et précise des canaux biliaires et pancréatiques permettant facilement de détecter toute entrave ou blocage à la circulation de la bile.

Quelles sont les indications d’une cholangiopancréatographie rétrograde endoscopique ?

Actuellement, on a de moins en moins recours à cet examen en raison des performances obtenues par les autres méthodes d’imageries qui sont moins invasives tels que l’échographie, le scanner, l’IRM ou écho-endoscopie.

Toutes fois elle est encore indiquée dans plusieurs situations, mais aussi, en cas d’absence d’examen alternatif à la CPRE :

Dans un but diagnostic 

Les indications d’une cholangiopancréatographie rétrograde endoscopique ou CPRE sont :

– Des symptômes témoignant d’un trouble hépatique :

  • Les douleurs abdominales localisées dans la partie supérieure droite qui peuvent être associées à des nausées ou des vomissements
  • L’apparition d’un ictère : une coloration jaunâtre de la peau et des yeux.
  • Des selles anormalement claires ou décolorées.

– Des symptômes pouvant faire suspecter une affection pancréatique telle qu’une pancréatite aigüe secondaire à un calcul :

  • Douleur brutales intense au niveau du sternum, en barre, pouvant migrer vers le dos provoqué par les repas
  • Nausées et vomissements
  • Arrêt des matières et des gaz

– La présence d’une perturbation du bilan biologique hépatique et pancréatique comme une augmentation du taux des transaminases surtout l’ALAT et/ou du taux de bilirubine totale et/ou de la gamma GT, de l’amylasémie pour le pancréas ou à défaut la lipasémie, etc.

– La recherche d’obstacles au niveau des canaux biliaires et pancréatiques comme une sténose, un calcul, le syndrome de Mirizzi, une tumeur intra-canalaire, un rétrécissement canalaire dû au VIH…

– Le diagnostic des lésions canalaires à un stade débutant comme une cholangite sclérosante, une pancréatite chronique

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– Le diagnostic des variations anatomiques et les malformations comme un pancréas divisum, anomalies de la jonction bilio-pancréatique

– Le diagnostic d’une tumeur au niveau des canaux biliaires, pancréatiques et au niveau de l’ampoule de Vater (ampullome)

– En cas de tumeurs malignes ou cancer, le CPRE permet de guider les prélèvements biopsiques en vue d’un examen histopathologique.

Dans un but thérapeutique

Même si la cholangiopancréatographie rétrograde endoscopique ou CPRE perd son intérêt diagnostic, et s’impose considérablement pour son intérêt thérapeutique.

L’amélioration des techniques et du matériel au fur des années ont permis à la CPRE de traiter des pathologies qui nécessitaient obligatoirement une intervention chirurgicale à ciel ouvert.

  • Une CPRE avec une sphinctérotomie endoscopique biliaire pour un drainage efficace d’une stase de la bile et des sucs pancréatiques.
  • Elle permet aussi l’évacuation spontanée ou instrumentale des calculs ou de parasites
  • En cas d’obstacles bilio-pancréatiques inextirpables, la sphinctérotomie permet le passage de drains ou de prothèse (stent).

Cholangiopancréatographie rétrograde endoscopique : contre-indications

Une cholangiopancréatographie rétrograde endoscopique ou CPRE présentent quelques contre-indications :

  • Risques de réactions allergiques liée au colorant opacifiant qui peut être prévenu par la prise d’un traitement à base d’antihistaminiques et de corticoïdes la veille ou le jour de l’examen.
  • Risques liés à l’anesthésie générale normalement éviter grâce à la consultation préanesthésique par un médecin anesthésiste.
  • Perforation viscérale connue ou suspectée. Celle-ci étant une contre-indication absolue à l’examen.

Comment se préparer pour CPRE ?

Lors de la prise de rendez-vous, la secrétaire médicale du centre d’imagerie vous donnera toutes les consignes nécessaires.

Néanmoins, nous avons établi pour vous ces quelques recommandations afin de mieux vous préparer à l’intervention.

Avant l’examen

  • Un CPRE exige un jeun strict d’au moins 6h avant l’examen (sans boire, ni manger, ni fumer)
  • Une consultation préanesthésique avec un médecin anesthésique vous sera conviée quelques jours avant l’examen car en général l’intervention se fait sous une anesthésie générale.
  • Une CPRE fait l’objet d’une hospitalisation pour surveillance au moins 24 heures après l’examen, Il serait alors préférable de préparer un sac avec quelques effets personnels et des vêtements de rechange.
  • Pour les patients à risques comme les diabétiques, les porteurs de valves cardiaques, un traitement antibiotique sera mis en place quelques jours avant et après l’intervention pour prévenir toute infection.
  • Si vous êtes sous anticoagulant ou anti agrégant plaquettaire, votre médecin pourra soit réajuster les doses soit arrêter temporairement le traitement en vue de l’examen.

Bon à savoir !
Pour favoriser la détente avant l’examen, vous pouvez mettre en pratique quelques techniques de relaxation.
La régulation de la respiration est une méthode efficace, consistant à effectuer des respirations profondes en inspirant pendant environ 3 secondes, puis en expirant profondément.
Cette approche permet de calmer le système nerveux et de réduire le stress.

Que dois-je ramener ?

Avant de vous rendre à votre examen, il est important d’apporter quelques documents indispensables pour assurer le bon déroulement de l’examen :

  • Votre ordonnance originale ou lettre de recommandation de votre médecin traitant
  • La liste écrite des médicaments que vous prenez habituellement 
  • Les résultats récents de vos analyses sanguines et autres bilans ;
  • Les examens radiologiques antérieurs et les comptes-rendus d’opération ou d’hospitalisation en votre possession 
  • Votre carte VITALE de sécurité sociale et son attestation afin de bénéficier des remboursements et permettre le suivi 
  • Votre carte de mutuelle ou autre assurance privée

Comment se déroule une cholangiopancréatographie rétrograde endoscopique  ?

La CPRE est réalisée par un gastroentérologue qui est spécialement formé à cette technique d’imagerie.

L’examen dure environ 30 à 60 minutes.

Arrivée au centre d’imagerie

Lors de votre arrivée au service de d’imagerie médicale, un technicien ou un médecin vous accueillera et procédera à un interrogatoire sur votre état de santé.

Cette étape vise à identifier d’éventuelles prédispositions, allergies, grossesse, allaitement, maladies chroniques ou toute autre information pertinente qui pourrait constituer une contre-indication à l’examen ou à l’utilisation de produits de contraste iodé.

Une infirmière vous conduira ensuite à votre chambre d’hôpital où vous serez gardé en observation 24 heures après l’examen.

Dans votre chambre d’hôpital ou en cabine

  • Vous aurez à vous déshabiller pour revêtir de la blouse d’hôpital et ôter vos bijoux (collier, bracelet, lunettes, boucles d’oreille, bague et tous autres objets métalliques)

En salle d’examen

Vous serez allongé sur la table de radiologie et une voie veineuse sera posée, généralement au niveau de votre bras, pour permettre l’injection du produit anesthésique.

Parfois, le médecin peut utiliser en complément un produit anesthésique en spray pour engourdir la gorge et faciliter l’introduction de l’endoscope.

Un fois que toute l’équipe est prête, le produit anesthésique sera injecté progressivement.

Dès que l’anesthésie aura commencé à faire effet, l’examen peut alors commencer.

  • L’endoscope sera inséré dans votre bouche et on le fait glisser dans la gorge jusque dans duodénum au niveau de l’ampoule de Vater en s’aidant de l’écran de contrôle.
  • Arrivée au niveau de l’ampoule, le médecin injecte une petite quantité d’air dans l’endoscope pour faciliter l’observation des canaux puis,
  • Introduit un cathéter dans l’endoscope pour injecter le colorant ou produit de contraste dans les canaux biliaires et pancréatiques.
  • Des clichés radiographiques sont ensuite réalisés.
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Si les clichés radiographiques mettent en évidence d’éventuels blocages, calculs, tumeurs ou sténoses au niveau des voies bilio-pancréatiques, la CPRE va permettre de guider un prélèvement biopsique ou un geste thérapeutique.

Pour cela, des instruments spécifiques seront insérés dans l’endoscope :

  • Le médecin peut utiliser une petite brosse ou des pinces pour prélever des échantillons de tissus ou de cellules (biopsie).
  • Insertion d’une cage ou d’une anse pour retirer des calculs pancréatiques ou des calculs biliaires.
  • Une endoprothèse peut être introduite pour garder ouvert un canal biliaire ou pancréatique dont la lumière à rétréci (sténose).
  • Un cathéter à ballonnet peut être glisser l’endoscope pour agrandir un canal étroit.

Une fois l’examen terminé, l’endoscope sera retiré lentement et avec précaution. Dès votre réveil, une infirmière et un brancardier vous ramènera à votre chambre d’hôpital.

Après l’examen

  • Vous serez encore gardé en observation à l’hôpital.
  • La voie veineuse sera encore maintenue en place durant la surveillance post-intervention pour pouvoir agir rapidement en cas d’incident ou de complications.
  • Vous ne pouvez ni manger ni boire jusqu’à ce que votre gorge ne soit plus sous l’effet de l’anesthésie et que vous puissiez avaler sans risque de fausse route.

En règle générale, le médecin fera un test de déglutition avant de vous autoriser à vous réalimenter et boire.

Ce qu’il faut savoir sur les effets indésirables et les complications

En général, la CPRE est une procédure assez bien tolérée par les patients. Cependant, comme tout geste endoscopique, plusieurs risques y sont associés.

  • Des saignements pendant ou après l’intervention peuvent survenir, surtout dans le cadre d’une sphinctérotomie. Habituellement, il s’agit d’un saignement minime qui s’estompe de lui-même.
  • Une pancréatite post-CPRE
  • Une infection en l’occurrence une angiocholite
  • Une perturbation cardio-respiratoire
  • Une perforation de l’œsophage, de l’estomac, du duodénum, d’un canal biliaire ou du canal pancréatique. Toutefois, c’est une complication qui reste rare et peut être traitée par une chirurgie réparatrice.
  • Réactions aux produits de contraste ou aux produits anesthésiques.
  • Embolie gazeuse, selon une étude menée par B.K. Tan. Et al., une embolie gazeuse peut être déceler à temps en associant la CPRE à un scanner du corps entier durant l’intervention.

Cholangiopancréatographie rétrograde endoscopique ou CPRE : compte rendu et résultats

Le médecin vous donnera un premier commentaire verbal de ce qu’il a visualiser comme anomalies lors de l’examen.

Si des gestes thérapeutiques ont été réalisés, il vous expliquera en détails le déroulement de tout l’examen.

Après une analyse méticuleuse des clichés, le compte-rendu écrit sera ensuite transmis ultérieurement à votre médecin traitant par courrier accompagné des clichés radiographiques imprimés et une CD-ROM de la vidéo endoscopique.

Pour la suite de la prise en charge, vous en discuterez avec votre médecin.

Quels sont les limites d’une ou CPRE ?

La cholangiopancréatographie rétrograde endoscopique ou CPRE possède aussi ses limites qui incitent le médecin à recourir à d’autres techniques d’imageries.

  • L’existence des risques liés à l’injection des produits anesthésiques et des produits de contraste.
  • C’est un examen invasif qui présente des risques élevés d’infections chez les terrains à risques.
  • La balance bénéfice-risque n’est pas très favorable aux bénéfices.
  • L’irradiation, bien qu’elle soit faible dans une CPRE, peut endommager les tissus hépatiques et pancréatiques. Mais cette situation reste tout de même rare et exceptionnelle.

Où réaliser une cholangiopancréatographie rétrograde endoscopique près de chez moi ?

Pour trouver un centre où réaliser une cholangiopancréatographie rétrograde endoscopique ou CPRE près de chez vous, la première étape consiste à contacter le centre d’imagerie médicale le plus proche.

Cet examen est généralement proposé dans de nombreux hôpitaux et cliniques de santé.

Voici un site qui pourra vous aider dans votre quête, cliquez ici pour y accéder.

Foire aux questions

Quel est le coût d’une CPRE ?

Le coût moyen d’une CPRE est de l’ordre de 258,19 € en moyenne.

Mais ce tarif varie, selon les établissements et les centres d’imageries médicales.

Quelles sont les alternatives à défaut d’une cholangiopancréatographie rétrograde endoscopique  ?

A défaut d’une CPRE, on peut avoir recours à :

  • Une échographie
  • Un scanner
  • Une cholangiopancréatographie par résonnance magnétique
  • Une écho endoscopie

Références bibliographiques

Articles et ressources utilisées dans la rédaction de cet article
  1. Prise en charge endoscopique des sténoses biliaires bénignes (revmed.ch)
  1. Ahmad Malas. Medscape Reference: Endoscopic Retrograde Cholangiopancreaticography. 2015: http://emedicine.medscape.com/article/1829797-overview.
  2. American Society for Gastrointestinal Endoscopy. ERCP core curriculum. Gastrointestinal Endoscopyhttp://www.giejournal.org/home.
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