Cela peut arriver à tout le monde (et même aux meilleurs d’entre nous) de rester allongé dans son lit à ne rien faire de la journée, en regardant nos téléphones ou nos émissions préférées à la télé. Parfois, nous aimons juste le fait de se blottir dans les couvertures durant les froides journées d’hiver et de ne pas bouger.
Ces petites journées de paresse qu’on peut quelquefois avoir n’ont rien à voir avec la clinophilie. En effet, ce qu’on entend par ce mot, c’est le fait de rester allongé dans son lit des jours et des jours durant, sans jamais se lever.
La clinophilie est une atteinte assez préoccupante et qui peut avoir plusieurs impacts sur la vie de la personne concernée sur plusieurs aspects, que ce soit personnel, social ou professionnel. Le patient clinophile reste couché en permanence, sans pourtant avoir sommeil, ce besoin de rester au lit peut devenir une véritable addiction.
Découvrez dans cet article rédigé par un professionnel de santé, tout ce qu’il faut savoir sur la clinophilie.
Clinophilie: définition et manifestation
Évitons de sauter les étapes et commençons par voir ce qu’est la clinophilie et comment se manifeste-t-elle.
Qu’est-ce que la clinophilie exactement?
Le mot clinophilie, étymologiquement, vient de deux mots grecs: clino– qui signifie “allonger” et philia qui signifie “amour”. La clinophilie signifie donc, si on traduit mot pour mot, “aimer rester allongé”.
Point d’information: Bien qu’elle puisse affecter tout le monde, la clinophilie apparaît plus fréquemment chez les femmes de 20 à 40 ans, ainsi que chez les personnes âgées.
Comment se manifeste-t-elle?
La personne atteinte de clinophilie reste au lit de manière excessive, sans pourtant avoir sommeil. Cela peut devenir une véritable addiction, entraînant plusieurs manifestations tant sur le plan physique, psychologique que social:
Symptômes psychologiques
La personne atteinte de clinophilie peut développer un désintérêt pour les activités quotidiennes ainsi qu’une perte de motivation. La personne évite de plus en plus les interactions sociales, elle néglige ses obligations et ses responsabilités.
De plus, le fait de rester en isolement dans son lit peut intensifier les sentiments de désespoir.
Symptômes physiques
Même en étant considéré comme une maladie psychologique, la clinophilie peut bel et bien avoir des répercussions physiques, à citer:
- La fatigue: Pour regagner de l’énergie, il est nécessaire d’en dépenser. La personne clinophile, en restant constamment alitée, accumule de la fatigue.
- Les douleurs corporelles : La sédentarité ou le fait de rester confiné au lit entraîne souvent des douleurs musculaires ou articulaires.
Point d’information: À part la fatigue et les douleurs physiques, la personne clinophile peut développer des escarres (des plaies), une perte de masse musculaire, des raideurs articulaires voire même des problèmes cardiovasculaires à long terme (dus au manque d’activité physique).
Clinophilie ou non? Les autres comportements similaires
La clinophilie peut parfois prêter confusion, c’est pour cette raison qu’il est important de bien la différencier des autres comportements similaires.
Clinophilie ou hypersomnie?
L’hypersomnie est le premier cas de figure à distinguer de la clinophilie. Il s’agit d’un trouble du sommeil, caractérisé par une somnolence excessive et persistante durant la journée (et la nuit).
Petite remarque: L’hypersomnie est reliée à un défaut physiologique du système éveil/sommeil.
Comment les différencier? Une personne atteinte d’hypersomnie dort réellement et profondément, ce qui n’est pas le cas chez les clinophiles. Ces derniers restent éveillés et ne dorment pas.
Clinophilie ou dysanie?
La dysanie, quant à elle, est l’incapacité chronique à sortir de son lit. La personne ressent comme un frein pour se lever, même si elle a eu une quantité suffisante de sommeil et se sent reposée.
Comment les différencier? La dysanie désigne une difficulté à se lever, la clinophilie indique un désir délibéré de rester allongé.
Clinophilie ou syndrome de la fatigue chronique?
Le syndrome de fatigue chronique se déclenche souvent après un événement stressant, de manière brusque. Ses symptômes principaux incluent une fatigue intense (ou asthénie) qui dure au moins six mois et perturbe les activités quotidiennes.
Comment les différencier? La personne, dès le réveil, ressent une fatigue intense ce qui le contraint à rester au lit. À la différence des personnes ayant des limitations fonctionnelles, les patients présentant un syndrome de la fatigue chronique ne présentent aucun signe d’atteinte musculaire ou articulaire.
Clinophilie ou atteintes fonctionnelles?
Les clinophiles sont également à distinguer des personnes qui ont une maladie/atteinte les obligeant à rester au lit. Cela concerne les personnes en convalescence, celles qui ont des limitations physiques (membre amputé, traumatisme, etc.), celles qui sont en soins prolongés, etc.
Comment les différencier? Contrairement aux clinophiles, les personnes avec des problèmes fonctionnels doivent rester au lit pendant une grande partie de leur temps.
Les causes de la clinophilie (3 causes)
Avant de décrire les potentielles causes de la clinophilie, il est essentiel de préciser qu’il ne s’agit pas d’une maladie à proprement parler. Mais elle peut être le symptôme d’une pathologie, comme d’un trouble psychiatrique.
On associe la clinophilie à certains troubles, en première place, on trouve:
La dépression
“Vous êtes au bord de la dépression!”. Voici ce que des millions de personnes ont sûrement entendu de la bouche de leur médecin. Mais que signifie réellement ce terme et de quelle manière est-elle reliée à la clinophilie?
En inspectant le mot dépression, la première conclusion qui nous vient à l’esprit c’est “chute de pression” pour dé-pression. Ce terme désigne, selon les psychologues, un fléchissement de la tension nerveuse ou psychologique. C’est un terme général qui recouvre toute une série d’états.
En d’autres termes, la dépression est constituée de plusieurs symptômes. Parmi les symptômes communs aux états dépressifs, on cite:
- L’aboulie, ou l’incapacité à réaliser un désir. La personne désire faire telle chose, mais la réalisation reste lettre morte.
- La mélancolie, qui consiste en une tristesse profonde, perpétuelle sans aucune cause décelable.
- L’anorexie ou la perte d’appétit
- La peur de devenir fou, Oui, certaines personnes atteintes de dépression ont même affirmé “… Pour ma dépression, mon médecin me propose une prise en charge psychiatrique. C’est dire indirectement que je suis en train de devenir fou!”
Dépression et clinophilie, quel lien? Lorsque l’on éprouve des difficultés à agir, que nos gestes sont lourds, que l’on a à peine envie de parler, que l’on ne nourrit pas suffisamment notre corps, et que l’on se sent au bord de la folie, le lit peut parfois sembler être notre seul refuge. D’où la clinophilie, qui est un symptôme de la dépression.
Le fait de ne pas sortir du lit procure aux personnes déprimées un sentiment de sécurité, une manière de ne pas affronter le monde extérieur face à une grande mélancolie.
La schizophrénie
La clinophilie peut aussi annoncer de la schizophrénie. Au sens étymologique, la schizophrénie signifie “avoir l’esprit cassé en deux”.
La schizophrénie est la perte de contact avec la réalité. Le schizophrène est coupé du réel, complètement indifférent, vivant un rêve intérieur et rarement ramené à la réalité par les circonstances extérieures.
À part les hallucinations, les mouvements incontrôlés, les impulsions violentes et les états de stupeur, le patient schizophrène a également tendance à se replier sur lui-même, parfois il peut être docile, inerte et indifférent et clinophile.
Point d’information: Dans la schizophrénie, les perturbations des rythmes circadiens sont variées. Elles peuvent inclure des problèmes comme le fait de dormir moins, des réveils fréquents, des difficultés à s’endormir, et une inversion complète du cycle normal de sommeil et d’éveil.
L’agoraphobie
La clinophilie peut également découler de l’agoraphobie, qui est la peur morbide de traverser un endroit ouvert, comme une rue, une place, un terrain, etc.
Quand la personne fait face à ces phobies, une véritable attaque de panique apparaît (crise d’angoisse, tremblements, sueurs).
La panique est le plus souvent suivie d’une fuite éperdue vers un endroit fermé, le lit est souvent considéré comme un refuge, un endroit de sécurité.
Le saviez-vous? Selon les psychologues et les psychiatres, le réflexe quand on ne se sent pas bien, c’est de se mettre au lit.
Que faire? Notre avis en tant que professionnel de la santé
Chercher l’aide d’un professionnel
Face à la clinophilie, la meilleure chose à faire est de consulter un professionnel de la santé. Cela pourrait être votre médecin généraliste, ce dernier vous orientera après vers un psychiatre ou/et un psychologue.
Admettre qu’on a besoin d’aide pour faire face à un problème est déjà un grand acte de bravoure, et en aucun cas cela n’est signe de faiblesse. Parfois interprétée comme une simple paresse, la clinophilie doit être sérieusement prise en charge.
Si vous avez besoin d’une liste des professionnels de santé proches de chez vous, consultez notre répertoire.
Il n’y a pas de traitement miracle
Le psychiatre évalue la situation et pose le diagnostic. En fonction de la sévérité du trouble, des médicaments peuvent être envisagés (des anxiolytiques, des antidépresseurs). Il n’y a pas de traitement miracle, comme tout processus de guérison, cela peut prendre du temps et ce n’est forcément pas le même pour chaque personne.
En tant que professionnel de santé, on souligne l’importance de poursuivre une thérapie.
Bon à savoir: La thérapie cognitivo-comportementale va aider la personne concernée à prendre conscience de sa situation. Elle vise également à la soutenir pour qu’elle puisse reprendre le contrôle de sa vie et réparer son humeur.
Le soutien de l’entourage
Si l’un de vos proches est atteint de clinophilie, sachez qu’il a grandement besoin de votre soutien pour venir à bout de ce trouble. Soutenez-le, évitez de le juger et surtout essayez de comprendre sa situation.
Vous pouvez par exemple lui suggérer petit à petit de reprendre sa vie en main:
- en lui proposant des techniques de relaxation et de gestion du stress, comme le yoga, sortir en nature, faire une activité qu’il aime.
- en l’aidant à adopter une meilleure hygiène de vie (comme faire un peu de sport, sortir, bien se nourrir)
- en l’aidant à se réintégrer sur le plan social ou professionnel
Conclusion et mot de la rédaction ( 5 points à retenir)
Voici les cinq points à retenir pour cet article:
1. La clinophilie est un besoin excessif de rester au lit pendant des jours sans se lever, même sans fatigue et sans dormir.
2. Elle se distingue de l’hypersomnie (somnolence), de la dysanie (incapacité à se lever), du syndrome de fatigue chronique (fatigue persistante) et des atteintes fonctionnelles (maladies nécessitant le repos).
3. La clinophilie peut être un symptôme de dépression, de la schizophrénie ou de l’agoraphobie.
4. Elle entraîne des problèmes psychologiques (désintérêt, désespoir) et physiques (fatigue, douleurs musculaires, escarres) et social (isolement, chômage, désintérêt à l’école)
5. Consultez un professionnel de santé pour un diagnostic et un traitement. La thérapie cognitivo-comportementale et le soutien de l’entourage sont importants.
Témoignages
Références
Les ressources utilisées dans la création de cet article
- https://groupesantepourtous.com/agoraphobie/
- https://originals.bababam.com/maintenant-vous-savez/202204180300-quest-ce-que-la-clinophilie
- https://www.sante-sur-le-net.com/maladies/psychiatrie/clinophilie/
- https://www.doctissimo.fr/psychologie/maladies-psychiatriques-sante-mentale/les-autres-troubles-mentaux/clinophilie-que-cache-cette-envie-de-rester-dans-son-lit/619b63_ar.html
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