Entorse du pouce : Que faire pour guérir ?

Article rédigé par le 2 mars 2024

Une entorse du pouce se produit lorsque les ligaments qui soutiennent le pouce s’étirent au-delà de leurs limites. Cela se produit généralement lorsque pouce est amené au-delà de ses limites physiologiques, par exemple lors d’une chute.

Le ligament typiquement atteint par une entorse du pouce est le ligament collatéral ulnaire. Ceci peut provoquer de la douleur et de l’instabilité, ainsi qu’une difficulté à utiliser sa main au quotidien.

Le traitement précoce de l’entorse du pouce est primordial pour éviter l’instabilité ou autre complication. L’article suivant vous explique tout ce que vous devez savoir sur cette affection, ainsi que les stratégies pour retrouver une fonction normale.

Définition, anatomie et statistiques intéressantes

Toute entorse réfère à une atteinte ligamentaire. Pour rappel, les ligaments sont des tissus qui relient les os entre eux.

Au niveau du pouce, ils aident à maintenir le premier métacarpe et les phalanges en position, et à stabiliser l’articulation.

L’entorse du pouce peut aller d’un simple surétirement à une déchirure complète des fibres composant le ligament.

Plus spécifiquement, les entorses du pouce peuvent être classées en fonction du degré d’atteinte ligamentaire selon la classification suivante :

  • Entorse de grade 1 (légère) : Les ligaments sont étirés, mais pas déchirés.
  • Entorse de stade 2 (modérée). Les ligaments sont partiellement déchirés. Ce type de blessure peut entraîner une certaine perte de fonction.
  • Entorse de stade 3 (grave). Le ligament est complètement déchiré ou arraché de son attache osseuse. Un petit fragmente d’os peut être arraché durant l’impact (on appelle ça une fracture par avulsion).

Le ligament le plus souvent touché au niveau du pouce est le ligament collatéral ulnaire. C’est un ligament important dans la mesure où il participe à la stabilité du pouce et permet la préhension d’objets.

Ce ligament est d’ailleurs impliqué dans 86% des blessures sportives impliquant le pouce.

Causes

Toute force importante qui amène le pouce en hyperextension ou hyperabduction peut provoquer une entorse du pouce.

La cause principale demeure la chute sur la main tendue, souvent dans le cadre d’une activité sportive.

Par exemple, les chutes en ski lorsque la main est attachée au bâton de ski provoque souvent une entorse du pouce, si bien que cette affection porte un nom spécifique : « Le pouce du skieur ».

L’entorse du pouce est également fréquente les athlètes qui pratiquent des sports où il faut attraper et lancer une balle, comme le football, le baseball, le volleyball et le basket-ball. Il en est de même pour les boxeurs qui appliquent des forces directes au pouce.

Outre les causes traumatiques, le ligament collatéral ulnaire peut subir des microtraumatismes sur une base progressive, principalement via des activités répétitives de préhension ou de torsion du pouce.

Certains facteurs peuvent prédisposer à développer une entorse du pouce. On pense notamment à :

  • Âge : Les enfants et les adolescents, en raison de leur activité physique élevée et de leur développement osseux, peuvent être plus sujets aux entorses du pouce.
  • Facteurs anatomiques : Certains individus peuvent avoir une structure anatomique particulière du pouce qui le rend plus vulnérable aux entorses.
  • Instabilité chronique : Les personnes qui ont déjà eu une entorse du pouce peuvent développer une instabilité chronique de l’articulation du pouce, ce qui augmente le risque de nouvelles entorses.

Symptômes

Selon le grade de l’entorse, la douleur peut être présente ou non au moment de la blessure.

Mis à part la douleur, on peut noter une ecchymose, une sensibilité et un gonflement autour de la base du pouce.

L’entorse peut également entraîner une diminution de la mobilité du pouce, ainsi qu’une sensation de faiblesse lors de la réalisation d’activités quotidienes.

Dans certains cas, un craquement peut être ressenti ou entendu au niveau de l’articulation du pouce lors des mouvements.

Si le ligament collatéral cubital est complètement déchiré (entorse de grade 3), on pourra observer une difformité du pouce (rare). L’articulation sera instable, et la personne atteinte aura de la difficulté à saisir des objets en utilisant le pouce.

Diagnostic

Il est important que faire évaluer son pouce suite à un traumatisme, surtout si on n’observe aucune amélioration rapide de la condition.

En effet, un diagnostic et un traitement précoce d’une blessure au pouce sont nécessaires pour éviter les complications à long terme, comme les douleurs chroniques, l’instabilité et l’arthrose du pouce (rhizarthrose).

Lors d’une consultation médicale, votre médecin voudra savoir comment et quand votre blessure s’est produite. Il vous demandera de décrire vos symptômes, et examinera soigneusement votre pouce.

Examen clinique et radiologique

Des tests d’amplitude articulaire et de stabilité ligamentaire permettront de clarifier le diagnostic clinique.

En effet, pour déterminer si le ligament collatéral ulnaire est partiellement ou totalement déchiré, votre médecin bougera votre pouce dans différentes positions pour tester la stabilité de l’articulation MCP.

Si l’articulation est lâche et complètement instable, cela indique potentiellement que le ligament a subi une déchirure (plus ou moins importante).

Il pourra également utiliser certains outils comme le dynamomètre (pinch test) ou le goniomètre pour respectivement évaluer la force de préhension, et la mobilité du pouce dans toutes les directions.

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S’il a besoin de plus de détails, ou si l’examen n’est pas concluant, le médecin pourrait demander des tests d’imageries afin de clarifier le diagnostic.

Entorse du pouce et radio : Utile pour le diagnostic ?

Une radiographie est généralement utilisée pour évaluer les fractures osseuses plutôt que les entorses des ligaments.

Dans le cas d’une entorse du pouce, où les ligaments sont étirés ou déchirés, une radiographie peut ne pas montrer d’anomalies spécifiques, car les ligaments ne sont pas directement visibles sur une radiographie standard.

Cependant, il est courant de réaliser une radiographie du pouce en cas de suspicion de fracture associée à l’entorse. L’entorse du pouce peut parfois s’accompagner d’une fracture de l’os métacarpien ou de la base de la phalange (fracture d’avulsion), en particulier lors de mouvements traumatiques ou de chutes importantes.

La radiographie permettra de rechercher d’éventuelles fractures osseuses ou autres lésions osseuses associées à l’entorse. Elle peut également être utilisée pour exclure d’autres affections, telles que des luxations ou des subluxations articulaires, qui peuvent présenter des symptômes similaires à ceux d’une entorse.

Outre la radiographie, une imagerie supplémentaire, telle qu’une échographie ou une imagerie par résonance magnétique (IRM), peut être recommandée pour évaluer plus précisément l’étendue des dommages aux ligaments et aux tissus mous environnants.

Entorse du pouce et hématome (pouce bleu) : Faut-il s’inquiéter ?

Une complication fréquente de l’entorse du pouce est la formation d’un hématome, qui est une accumulation de sang à l’intérieur des tissus. Ceci donne l’apparence d’un pouce « bleu ».

L’hématome peut se développer en raison de la rupture de petits vaisseaux sanguins lors de l’entorse, donnant une coloration bleutée à la peau. En général, ceci signifie que l’entorse est de grade 2 ou supérieure.

Il se manifeste par une tuméfaction, une décoloration de la peau et une sensibilité locale. La présence d’un hématome peut aggraver les symptômes de l’entorse en augmentant la douleur et en limitant la mobilité du pouce.

Il est important de traiter l’entorse du pouce et de gérer l’hématome de manière appropriée (expliqué dans la section suivante).

Si l’hématome est important ou persiste, une aspiration de l’hématome peut être nécessaire pour soulager la pression et faciliter la récupération.

Évidemment, il est recommandé de consulter un médecin pour un diagnostic précis et des conseils de traitement adaptés à votre situation.

Traitement

Le traitement d’une entorse du pouce dépendra de la gravité de la blessure.

Tout de suite après la blessure, on préconise l’approche suivante (tirée du protocole « PRICE » en anglais)

  • Protection de la zone atteinte: Pour éviter une aggravation de la blessure
  • Repos : En fonction de la lésion, il peut s’étendre de quelques jours à quelques semaines.
  • Glace : Application de glace à raison de 15 minutes à chaque 2 heures (attention aux risques de brûlure dues à la glace)
  • Compression : Un bandage compressif permettra de réduire le gonflement
  • Élévation : Gardez la main haut dessus du cœur autant que possible pour éviter qu’un œdème se forme

Des anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) peuvent aider à réduire la douleur et l’enflure. Toutefois, si la douleur et le gonflement persistent pendant plus de 48 heures, il est temps de consulter un médecin.

Traitement non chirurgical

La consultation médicale permettra de clarifier le diagnostic, et orienter la prise en charge.

Pour une entorse modérée du pouce, votre médecin immobilisera probablement l’articulation du pouce à l’aide d’un bandage, d’un plâtre ou d’une attelle jusqu’à ce qu’elle guérisse.

L’immobilisation du pouce sera soit intermittente, soit permanente. Comme l’immobilisation peut entraîner une raideur et une diminution de force, il est possible que le médecin prescrive des séances de kinésithérapie (physiothérapie) avant de retrouver la mobilité et reprendre ses activités.

Traitement chirurgical

En cas d’entorse sévère où les ligaments sont gravement endommagés, une intervention chirurgicale peut s’avérer nécessaire pour rétablir la stabilité du pouce et retrouver votre fonction.

L’opération pour une entorse du pouce peut être réalisée sous anesthésie générale ou locale, en fonction de la complexité de l’intervention et des préférences du patient et du chirurgien.

La chirurgie consiste essentiellement à rattacher le ligament à l’os et/ou à corriger la fracture d’avulsion à l’aide d’une broche ou d’une vis.

Plus précisément, le chirurgien commence une petite incision près de l’articulation du pouce pour accéder aux ligaments endommagés. Il réalise ensuite des sutures, greffes ou d’autres techniques chirurgicales pour réparer les ligaments endommagés et stabiliser l’articulation au besoin.

Une fois la réparation terminée, l’incision est fermée avec des sutures ou des agrafes, et un pansement est appliqué sur la zone opérée.

Après l’opération, il faudra immobiliser le pouce pendant une période de 6 à 12 semaines. Ceci permettra de protéger le pouce et de permettre sa guérison optimale.

Rééducation suite à une entorse du pouce

La rééducation après une entorse du pouce est fortement recommandée pour favoriser une récupération optimale du pouce, qu’elle soit dans le cadre d’un traitement conservateur ou suite à une chirurgie.

Elle est souvent accompagnée d’un kinésithérapeute (physiothérapeute), et visera les objectifs suivants :

  • contrôle de la douleur et de l’inflammation
  • mobilité complète et fonctionnelle du pouce
  • force de préhension et normale du pouce dans toutes les directions
  • reprise des activités quotidiennes, sportives, de loisir et professionnelles
  • prévenir les complications
  • éviter une récidive de blessure
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Pour accomplir ces objectifs, plusieurs modalités utilisées :

  1. Cryothérapie (application de glace) : La glace est appliquée sur la zone affectée pour réduire l’inflammation, soulager la douleur et favoriser la guérison. Elle peut être utilisée plusieurs fois par jour, surtout dans les premiers jours suivant l’entorse.
  2. Thermothérapie (application de chaleur) : La chaleur peut être utilisée pour détendre les muscles, améliorer la circulation sanguine et soulager les tensions dans la main et le poignet. Cependant, la chaleur n’est généralement pas appliquée pendant les premiers jours suivant l’entorse, lorsque l’inflammation est présente.
  3. Electrothérapie : Des appareils d’électrothérapie, tels que la stimulation électrique nerveuse transcutanée (TENS) ou la thérapie par courants modulés, peuvent être utilisés pour soulager la douleur et réduire l’inflammation.
  4. Ultrasons : Les ultrasons thérapeutiques peuvent être utilisés pour réduire l’inflammation et favoriser la cicatrisation des tissus mous. Il existe peu d’évidences scientifiques démontrant une amélioration significative, ce qui fait que l’ultrason est de moins en moins utilisé.
  5. Massages : Des techniques de massage peuvent être appliquées pour détendre les muscles, améliorer la circulation sanguine, réduire les tensions et favoriser la guérison.
  6. Exercices de mobilisation, coordination, renforcement : Des exercices spécifiques sont prescrits pour mobiliser doucement le pouce et la main, ainsi que pour renforcer les muscles qui entourent l’articulation du pouce. Ces exercices visent à restaurer la mobilité et à stabiliser l’articulation.
  7. Kinesiotape : Des bandes élastiques peuvent être utilisées pour stabiliser le pouce, protéger les ligaments et faciliter les mouvements pendant la rééducation.
  8. Education du patient : Le kinésithérapeute fournit des conseils sur les activités à éviter pendant la guérison, ainsi que des conseils pour la protection du pouce et la prévention des rechutes.

Le plan de traitement en kinésithérapie sera adapté aux besoins spécifiques du patient en fonction de la gravité de l’entorse, du traitement choisi (conservateur vs chirurgical), et des sports particuliers pratiqués par le patient.

De la même manière, la durée de la rééducation variera en fonction des mêmes facteurs mentionnés ci-dessus.

Il est important de suivre attentivement le plan de rééducation établi par le kinésithérapeute et de signaler tout symptôme inhabituel ou toute douleur persistante pour ajuster le programme au besoin.

Complications suite à une entorse du pouce

Lorsqu’elles sont diagnostiquées et traitées correctement, la majorité des entorses du pouce guérissent sans complications.

En effet, les entorses de grade 1 ou 2 guérissent le plus souvent sans séquelles, surtout si elles sont bien prises en charge.

C’est surtout lorsqu’on a une entorse sévère que les complications peuvent survenir, surtout si la prise en charge n’est pas précoce, et/ou que le traitement n’est pas optimisé.

Entorse du pouce mal soignée

Souvent, les patients font l’erreur d’ignorer une entorse qui guérit mal, dans l’espoir qu’elle finira par se rétablir par elle-même avec le temps.

C’est là qu’on peut observer des complications telles que :

  • Instabilité chronique (pour les entorses de grade 3)
  • Raideur chronique (en cas d’immobilisation exagérée)
  • Faiblesse résiduelle du pouce (notamment lors de la préhension d’objets)
  • Arthrose du pouce (rhizarthrose)
  • Récidive d’entorse du pouce
  • Déformation du pouce
  • Oedème persistant
  • Limitations au quotidien

Si ces complications tardives se développent, une intervention chirurgicale peut être nécessaire pour reconstruire le ligament. Une greffe peut même s’avérer nécessaire dans certains rares cas.

Finalement, dans les cas extrêmes d’instabilité du pouce, un arthrodèse (fusion de l’articulation) est parfois indiquée pour soulager les douleurs et augmenter la stabilité.

Combien de temps dure une entorse du pouce (pronostic) ?

Lorsqu’une personne subit une entorse du pouce, le temps de guérison peut varier en fonction de la gravité de l’entorse et des soins appropriés prodigués (conservateurs ou chirurgicaux).

Il est essentiel de comprendre que chaque blessure est unique, et le temps de récupération peut donc être différent d’une personne à l’autre.

Dans les cas d’entorses légères du pouce (grade 1), la guérison prend généralement entre 10 jours et 4 semaines.

Pour les entorses de grade 2, le temps de guérison peut prendre de 4 à 8 semaines. Ceci vient du fait que ce type d’entorse est plus douloureux, et peut entraîner une perte de force et de mobilité temporaires.

Les entorses de grade 3 nécessitent plus de temps pour guérir vu qu’il y a rupture complète des ligaments, et potentiellement une chirurgie pour corriger le problème. La récupération peut prendre de 8 à 12 semaines.

Tel que mentionné, une rééducation appropriée en kinésithérapie (physiothérapie) permettra d’optimiser la guérison, éviter les complications, prévenir les récidives et reprendre plus rapidement ses activités.

Outre la rééducation, voici quelques conseils permettant de réduire le temps de guérison suite à une entorse du pouce :

  • Ne pas précipiter le retour aux activités normales
  • Suivre attentivement les conseils médicaux, surtout en terme d’immobilisation du pouce
  • Utiliser des dispositifs de soutien comme des attelles si nécessaire.
  • Adopter une alimentation équilibrée pour favoriser la guérison.
  • Éviter l’alcool et le tabac, car ils peuvent ralentir la guérison.
  • Adopter des habitudes ergonomiques pour éviter d’aggraver la condition
  • Porter un équipement adéquat lors des sports si indiqué (gants, protections, etc.)
  • Être patient et rester positif(ve) durant la période de convalescence.
  • Communiquer avec l’équipe médicale de toute crainte ou questionnement.

Références

https://www.orthobullets.com/hand/6040/thumb-collateral-ligament-injury

https://orthoinfo.aaos.org/en/diseases–conditions/sprained-thumb/

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