Épicondylite : Échographie et autres outils diagnostiques (imagerie)

Article rédigé par le 4 mars 2024

L’épicondylite, également appelée « tennis elbow », est un trouble musculosquelettique du membre supérieur provoquant des douleurs au coude chez les personnes qui en sont atteintes.

Il s’agit en fait d’une tendinopathie (tendinite) qui touche les tendons reliés à la parie externe du coude qu’on appelle « épicondyle ».

Le diagnostic d’épicondylite est clinique, c’est-à-dire qu’il repose essentiellement sur l’interrogatoire et l’examen physique du patient par le médecin.

Toutefois, dans certains cas particuliers, des examens d’imagerie médicale comme l’échographie peuvent être réalisés pour apprécier les lésions tendineuses et adapter la prise en charge du patient.

Dans le présent article, nous parlerons de l’échographie et autres outils diagnostiques (imagerie) de l’épicondylite.

Coude et épicondylite : généralités

Le coude est la partie du membre supérieur qui se situe entre le bras (humérus) et l’avant-bras (radius et ulna ou cubitus). Pour assurer sa motricité et sa stabilité, plusieurs structures anatomiques sont présentes : les ligaments qui relient entre les différents os ; les muscles qui permettent d’effectuer des mouvements et les tendons qui relient les muscles aux os.

Juste au-dessus du coude, il existe deux reliefs osseux de l’humérus sur lesquels prennent attache les tendons des muscles de l’avant-bras :

  • L’épicondyle latéral ou « épicondyle » (tout court) à la partie externe ;
  • L’épicondyle médial ou « épitrochlée » à la partie interne.

Lorsque les tendons qui s’insèrent au niveau de l’épitrochlée (épicondyle médial) sont le siège d’une inflammation ou d’une dégénérescence (tendinopathie), on parle d’épitrochléite (qu’on appelle aussi « épicondylite interne » ou « golfer’s elbow »).

À l’inverse, lorsque ce sont les tendons qui s’insèrent au niveau de l’épicondyle qui sont concernés, on parlera d’épicondylite (tout court) ou de « tennis elbow ».

Pour connaître la différence entre épicondylite et épitrochléite, consultez l’article suivant.

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Quelles sont les causes de l’épicondylite ?

L’épicondylite survient en général dans un contexte de sur-sollicitation des muscles épicondyliens, notamment la réalisation de gestes répétitifs incluant des mouvements de flexion/extension du coude ou du poignet, de pronation/supination (rotation de l’avant-bras)…

Dans la majorité des cas, l’épicondylite est une maladie professionnelle, c’est-à-dire qu’elle est due à certains mouvements effectués au travail.

De manière plus rare, l’épicondylite survient à l’occasion d’un loisir ou d’un sport tel que le tennis, d’où l’autre appellation de cette tendinopathie : « tennis elbow » ou coude du tennisman.

D’autres facteurs peuvent augmenter le risque d’épicondylite ou autres pathologies tendineuses, notamment le tabagisme, le diabète, la sédentarité, le manque de sommeil et les mauvaises habitudes alimentaires.

Comment se pose le diagnostic d’épicondylite ?

Le diagnostic d’épicondylite est relativement facile à poser. Une simple consultation médicale, incluant un interrogatoire minutieux et un bon examen physique, suffit généralement.

L’examen clinique permet de collecter des données précieuses telles que :

  • La nature des symptômes : généralement des douleurs au coude, particulièrement à la partie externe de celui-ci. Un léger gonflement et une augmentation de la chaleur locale peuvent également être rapportés par le patient (évoquant une réaction inflammatoire).
  • Les circonstances de l’apparition des douleurs : répétitions de certains mouvements du coude, activité sollicitant excessivement les muscles épicondyliens (tennis, judo, bricolage…).
  • Les facteurs favorisant les douleurs : les douleurs au coude sont déclenchées ou aggravées par les mouvements de flexion/extension du coude, du poignet et des doigts ainsi que la rotation de l’avant-bras.

Ces éléments cliniques, fortement évocateurs, suffisent généralement pour poser le diagnostic d’épicondylite.

Dans la majorité des cas, aucun examen complémentaire n’est nécessaire et le traitement est principalement basé sur modalités suivantes :

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Épicondylite : échographie et autres outils diagnostiques

Dans certaines situations particulières, des examens complémentaires peuvent se révéler nécessaires pour poser le diagnostic d’épicondylite.

C’est par exemple le cas lorsque les douleurs au coude surviennent brutalement ou persistent de manière anormale dans le temps.

Une radiographie, une échographie et/ou une IRM peut alors être réalisée afin d’identifier les lésions tendineuses et d’apprécier leur sévérité.

Radiographie

Les radiographies standards du coude ne permettent aucunement d’étudier les tendons (étant des structures molles), mais elles restent utiles pour détecter certaines anomalies osseuses et enthésopahties (lésions au niveau des sites d’insertions des tendons) telles que :

  • Des érosions osseuses ;
  • Une ostéocondensation ;
  • Un enthésophyte (excroissance osseuse au site d’insertion du tendon) ;
  • Des calcifications intratendineuses (parfois visibles à la radiographie) ;
  • Des anomalies au niveau des compartiments articulaires (particulièrement l’articulation huméro-radiale).

Échographie

L’épicondylite est nettement plus fréquente que l’épitrochléite et touche particulièrement le tendon du muscle extenseur commun des doigts et du muscle extenseur radial du carpe.

En cas de doute à l’examen clinique, il est possible de recourir à l’échographie pour diagnostiquer une épicondylite. Le cas échéant, cette dernière mettra en évidence un ou plusieurs tendons épicondyliens épaissis entourés d’une zone hypoéchogène (zone plus foncée ou gris sombre à l’écran de l’échographe) focale ou diffuse.

L’échographie peut également retrouver des irrégularités au niveau du site d’insertion du ou des tendons épicondyliens lésés ainsi que des calcifications intratendineuses.

Dans les cas les plus sévères, les images échographiques peuvent mettre en évidence des ruptures tendineuses complètes ou partielles.

Ainsi, l’échographie est considérée comme un examen d’imagerie sensible mais peu spécifique dans le diagnostic d’une épicondylalgie (douleurs à la région épicondylienne). Autrement dit, elle est efficace pour détecter des lésions tendineuses, mais ne peut pas toujours en déterminer la cause précise.

Il s’agit d’un examen utile pour confirmer le diagnostic d’épicondylite dans les cas où la présentation clinique est atypique (douleurs brutales, évolution défavorable avec des douleurs persistantes…).

En cas d’échographie normale devant des douleurs épicondyliennes (tendons sains échographiquement), il peut être judicieux d’envisager un diagnostic autre que l’épicondylite (diagnostic alternatif).

Par ailleurs, l’échographie du coude permet également d’étudier les autres structures anatomiques de cette région et éventuellement mettre en évidence des lésions ligamentaires, particulièrement au niveau du ligament collatéral externe du coude.

Elle peut aussi montrer un syndrome du tunnel radial (compression du nerf radial) qui, tout comme l’épicondylite, provoque des douleurs au niveau de la face latérale du coude.

Dans ce cas, on peut facilement visualiser grâce à l’échographie ce qu’on appelle un « saut de calibre » qui consiste en une diminution du calibre du nerf radial à l’endroit où il est comprimé.

On pourra également identifier une éventuelle cause extrinsèque de compression (tumeur, lipome…).

Pour finir, l’échographie est un examen utile en cas de suspicion d’épicondylite, car il permet aussi une assez bonne évaluation de l’articulation huméro-radiale (entre l’humérus et le radius) qui, parfois, est le siège d’une pathologie responsable de douleurs au niveau de la face externe du coude (arthrose, arthrite…).

En résumé, voici les avantages de l’échographie en cas d’épicondylite :

  • Examen non invasif et inoffensif (ultrasons) ;
  • Examen rapide et peu coûteux ;
  • Peut détecter aisément des lésions tendineuses ;
  • Peut détecter des épaississements et tuméfactions des tendons ;
  • Peut détecter une perte de structure fibrillaire du tendon (hypoéchogène) ;
  • Peut détecter des calcifications intratendineuses ;
  • Peut détecter des lésions ligamentaires concomitantes ;
  • Peut détecter des lésions nerveuses (syndrome du tunnel radial) ;
  • Permet d’étudier l’articulation huméro-radiale.

Limites de l’échographie : elle ne permet pas de faire la différence entre une tendinopathie d’origine dégénérative et une tendinopathie d’origine inflammatoire. Il est donc toujours important d’interpréter les résultats échographiques en fonction du contexte clinique (données de l’interrogatoire et de l’examen physique).

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IRM

Dans certains cas, une IRM (Imagerie par Résonnance Magnétique) peut être réalisée pour diagnostiquer une épicondylite après l’échec de toutes les autres méthodes (clinique, radiographie et échographie).

L’IRM peut mettre en évidence absolument toutes les lésions anatomiques possibles pouvant toucher les tissus mous (fissure ou atteinte des tendons, ligaments, capsules articulaires, muscles, tissu conjonctif, nerfs…).

Elle peut également détecter des lésions osseuses ou autres anomalies du compartiment articulaire, notamment celles touchant l’articulation huméro-radiale qui sont fréquemment à l’origine de douleurs à a face externe du coude.

L’IRM est donc un examen très performant dans le diagnostic de l’épicondylite et de nombreuses autres causes de douleurs épicondyliennes externes telles que :

  • L’atteinte du ligament collatéral externe,
  • L’arthropathie huméro-radiale telle que l’arthrose ou l’arthrite ;
  • La compression du nerf radial (syndrome du tunnel radial) ;
  • La compression du nerf interosseux postérieur.

Un mot sur l’épicondylite calcifiante

L’épicondylite calcifiante est une condition rare qui se caractérise par la présence de dépôts de calcium dans les tendons de l’épicondyle.

Contrairement aux tendinites calcifiantes qui affectent le plus souvent l’épaule, l’épicondylite calcifiante se produit spécifiquement au niveau du coude.

Les causes exactes de l’épicondylite calcifiante ne sont pas complètement comprises. Cependant, on pense que des facteurs tels que le surmenage, les mouvements répétitifs du bras et de la main, ainsi que des blessures traumatiques peuvent contribuer à la formation des dépôts de calcium dans les tendons.

Les symptômes de l’épicondylite calcifiante sont similaires à ceux de l’épidondylite latérale standard. Par contre, le diagnostic est souvent tardif car on néglige ou omet de mettre en valeur la présence de calcifications.

C’est dans cette mesure que des examens d’imagerie médicaux (comme ceux présentés ci-haut) permettront de clarifier le diagnostic, aider à visualiser les dépôts de calcium, et ainsi orienter la prise en charge.

Le traitement de l’épicondylite calcifiante sera également similaire au traitement conventionnel, mais devra prendre en considération des mesures pour traiter les tendinites calcifiantes. Ceci inclut notamment des modalités comme le lavage calcique, l’iontophorèse, traitements par onde de choc, etc.

Conclusion

L’épicondylite est une tendinopathie fréquente touchant les tendons qui s’insèrent sur la partie externe du coude. Son diagnostic est avant tout clinique, c’est-à-dire basé essentiellement sur l’interrogatoire et l’examen physique du patient par un médecin.

En cas de difficultés diagnostiques, de symptômes atypiques ou d’évolution défavorable des douleurs épicondyliennes, il est possible de recourir à des examens complémentaires tels que la radiographie standard, l’échographie et l’IRM du coude.

En raison de son innocuité, de sa facilité de réalisation, de son faible coût et de sa performance, l’échographie représente l’examen de référence dans le diagnostic d’épicondylite (en premier recours).

L’IRM, quant à elle, est l’examen de choix pour le diagnostic de nombreuses pathologies touchant les tissus mous, dont les épicondylites. Néanmoins, on ne l’envisage qu’en dernier recours compte tenu de son coût élevé.

Références

[1] K. S. Lee, H. G. Rosas, et J. G. Craig, « Musculoskeletal ultrasound: elbow imaging and procedures », Semin Musculoskelet Radiol, vol. 14, no 4, p. 449‑460, sept. 2010, doi: 10.1055/s-0030-1263260.

[2] « L’apport de l’échographie dans l’épicondylite », Le Quotidien du Médecin. https://www.lequotidiendumedecin.fr/archives/lapport-de-lechographie-dans-lepicondylite (consulté le 18 décembre 2022).

[3] « Apport de l’échographie dans les tendinopathies », Revue Medicale Suisse. https://www.revmed.ch/revue-medicale-suisse/2015/revue-medicale-suisse-465/apport-de-l-echographie-dans-les-tendinopathies (consulté le 17 décembre 2022).

[4] « 062. Imagerie recommandée dans l’épicondylite », Journée Outremer Orthopédie, 9 octobre 2015. https://www.jo-o.org/les-35e-jofdf/programme-des-35e-jofdf/mercredi-18-mars/08h00-10h00epicondylites-epicondylitis-action-transversale-table-ronde-multidisplinaire-multidisciplinary-round-table-ch-dumontier-baie-mahault-guadeloupe-a-graftiaux-hagueneau/imagerie-recommandee-dans-l-epicondylite/ (consulté le 15 décembre 2022).

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