Fracture supracondylienne (coude) : Définition et prise en charge

Article rédigé par le 4 mars 2024

Les fractures supracondyliennes du coude sont les lésions osseuses les plus fréquentes chez l’enfant. Elles représentent environ 60% des fractures du coude chez ce dernier, et surviennent le plus souvent à la suite d’un traumatisme direct.

La prise en charge de cette blessure est fondamentale afin de permettre une bonne guérison et de réduire les risques de complications post-traumatiques.

Dans cet article, nous définissons ce qu’est une fracture supracondylienne et expliquons en quoi consiste sa prise en charge pour votre enfant.c

Anatomie de l’humérus, court rappel

Avant de discuter de la fracture supracondylienne, il convient de réviser brièvement l’anatomie de cette partie du corps.

Le coude est une articulation complexe constituée de trois os principaux :

  1. Humérus : L’humérus est l’os long du bras qui s’étend du haut de l’épaule jusqu’au coude. Il présente une partie supérieure, appelée tête de l’humérus, qui s’articule avec la cavité glénoïde de l’omoplate pour former l’articulation de l’épaule. L’extrémité inférieure de l’humérus est élargie et se divise en deux condyles : le condyle latéral (pour le pouce) et le condyle médial (pour le petit doigt).
  1. Radius : Le radius est un os plus petit de l’avant-bras qui s’étend de l’articulation du coude au poignet du côté du pouce. Il s’articule avec l’humérus au niveau du condyle latéral du coude, formant l’articulation du coude, également connue sous le nom d’articulation huméro-radiale.
  1. Cubitus (ou ulna) : Le cubitus est l’autre os de l’avant-bras qui s’étend également de l’articulation du coude au poignet, du côté du petit doigt. Il s’articule avec l’humérus au niveau du condyle médial du coude, formant l’articulation du coude, également appelée articulation huméro-ulnaire.

Fracture supracondylienne (coude) : Définition

Une fracture supracondylienne est une blessure de l’humérus distal, ou os du bras supérieur, juste au-dessus de l’articulation du coude.

Plus précisément, elle se produit dans la région située juste au-dessus des condyles, où l’os devient plus étroit et se rétrécit pour former la partie supérieure du bras.

Cependant, dans de rares cas, il peut y avoir une fracture transversale de l’épiphyse qui présente un mélange de fractures supracondyliennes, ce qui tend à se produire plus souvent chez les patients âgés.

Fracture supracondylienne chez l’enfant, quelle particularité ?

La particularité de la fracture supracondylienne chez l’enfant réside dans le fait qu’elle est plus fréquente chez cette population par rapport aux adultes.

D’ailleurs, il s’agit de la lésion du squelette la plus fréquente dans la région du coude chez les jeunes âgés de 5 à 7 ans.

Elle touche les garçons et les filles de la même manière, mais avec une légère tendance à être plus fréquente du côté gauche.

Pourquoi ce type de fracture est plus fréquent chez les enfants ? Car les enfants ont des os plus souples et moins ossifiés que les adultes en raison de leur croissance active. Cela les rend plus fragiles et sujets aux fractures supracondyliennes.

De plus, chez les enfants, la fracture supracondylienne peut présenter une particularité anatomique importante : la présence d’une plaque de croissance ou épiphyse distale de l’humérus.

Cette zone de croissance est vulnérable aux fractures chez les enfants et peut être impliquée dans une fracture supracondylienne. Elle sera évidemment prise en compte lors de la prise en charge.

Classifications de la fracture supracondylienne

Les fractures supracondyliennes du coude sont classées en fonction de leur gravité et de leur configuration.

Classification selon Gartland

La classification la plus couramment utilisée est celle de Gartland (surtout chez les anglo-saxons), qui divise les fractures supracondyliennes en trois types principaux :

  1. Type I : Fracture supracondylienne incomplète ou fissure
  • Il s’agit d’une fracture partielle où l’os est légèrement fissuré mais reste intact par endroits.
  • Le fragment osseux peut être légèrement déplacé, mais il conserve une partie de sa continuité.
  • Les ligaments autour du coude peuvent être partiellement étirés, mais ils ne sont pas totalement déchirés.
  1. Type II : Fracture supracondylienne complète, mais non déplacée
  • C’est une fracture complète où l’os est fracturé en deux parties, mais ces fragments restent alignés sans déplacement significatif.
  • Les ligaments autour du coude peuvent être intacts ou partiellement déchirés, mais ils maintiennent la stabilité relative de l’articulation.
  1. Type III : Fracture supracondylienne déplacée
  • C’est une fracture complète où les fragments osseux sont significativement déplacés les uns par rapport aux autres.
  • Les ligaments autour du coude peuvent être complètement déchirés, entraînant une instabilité articulaire.

Classification de Lagrange et Rigault

En plus de la classification de Gartland mentionnée précédemment, la classification selon Lagrange et Rigault est une autre méthode utilisée pour classer les fractures supracondyliennes du coude, en particulier chez les enfants.

Cette classification prend en compte la présence de déplacement et d’angulation de la ligne de fracture, ainsi que l’état des structures ligamentaires autour de l’articulation du coude.

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Elle se compose de quatre types principaux :

  1. Type I : Fracture supracondylienne non déplacée
  • C’est une fracture complète sans déplacement significatif des fragments osseux.
  • Les ligaments autour du coude peuvent être intacts ou légèrement étirés, mais ils maintiennent la stabilité relative de l’articulation.
  1. Type II : Fracture supracondylienne déplacée, avec des fragments osseux en contact
  • C’est une fracture complète où les fragments osseux sont déplacés les uns par rapport aux autres, mais ils restent en contact.
  • Les ligaments peuvent être déchirés, mais certains restent intacts, offrant une certaine stabilité à l’articulation.
  1. Type III : Fracture supracondylienne déplacée avec bascule postérieure et translation postérieure (ou trouble de rotation)
  • Il y a rupture des 2 os, mais les deux fragments demeurent en contact
  • Il y a rotation ou translation du fragment distal fracturé.
  1. Type IV : Fracture supracondylienne déplacée, avec des fragments osseux séparés
  • C’est une fracture complète avec des fragments osseux déplacés et complètement séparés les uns des autres.
  • L’articulation du coude devient instable en raison de la rupture des ligaments.

Cause de la fracture supracondylienne (coude)

Les fractures supracondyliennes peuvent être causées par :

  • Des traumatismes (directs ou indirects) : chutes sur une main tendue (90-95% des cas), chute directement sur le coude fléchi (5-10% des cas), accidents de la route ou tout autre type de force directe sur le coude ;
  • Accidents reliés au jeu (chez l’enfant) ou un sport
  • Enfants en croissance : Chez les enfants, la région supracondylienne de l’os humérus est plus fragile, et une blessure peut provoquer cette fracture.
  • Des maladies qui affaiblissent les os et les rendent fragiles (comme l’ostéoporose, ou chez les personnes âgées) ;
  • Certaines procédures médicales, telles que l’aspiration de la moelle osseuse ;
  • Fractures pathologiques résultant de tumeurs ou d’infections qui affaiblissent les os.

Symptômes de la fracture supracondylienne (coude)

Les patients souffrant de fractures supracondyliennes présentent généralement les signes cliniques suivants :

  • Gonflement et/ou hématome dans la région de la fracture ;
  • Sensibilité à la palpation, voire douleur lors des mouvements de l’articulation du coude ;
  • Instabilité de la zone affectée (due à des lésions ligamentaires) ;
  • Difficulté à bouger l’articulation du coude ;
  • Dans certains cas, il peut y avoir une déformation visible.

Diagnostic de la fracture supracondylienne (du coude)

Le diagnostic d’une fracture supracondylienne commence généralement par un examen physique effectué par un professionnel de la santé afin de détecter toute douleur et tout gonflement dans la zone du coude, ainsi que toute déformation ou déviation visible.

Examen clinique

Suite à une fracture supracondylienne du coude, le médecin doit effectuer une évaluation minutieuse pour exclure toute atteinte plus sérieuse, notamment des lésions vasculaires ou nerveuses qui pourraient survenir en raison du traumatisme.

Voici ce que le médecin doit vérifier :

  1. Pouls : Le médecin vérifiera la présence de pouls périphériques dans le bras affecté, notamment le pouls radial situé sur le poignet du côté de la fracture. L’absence de pouls ou une diminution significative du pouls peut être un signe d’une atteinte vasculaire, comme une lésion de l’artère brachiale qui irrigue le bras. Le médecin s’assurera que la vascularisation du bras est intacte et que la circulation sanguine n’est pas compromise. Heureusement, les ruptures vasculaires et nerveuses sont extrêmement rares.
  2. Sensibilité et force nerveuse : Le médecin évaluera la sensibilité de la main et des doigts du bras affecté en testant différents nerfs, tels que le nerf radial, le nerf ulnaire et le nerf médian. Une diminution de la sensibilité ou des picotements peuvent indiquer une atteinte nerveuse.
  3. Force : Le médecin vérifiera la force musculaire en demandant au patient de réaliser certains mouvements. On évaluera surtout les mouvements et la force des doigts et du poignet en raison de la douleur. Une faiblesse musculaire peut être un signe de dommages aux nerfs.
  4. État cutané : Le médecin examinera attentivement la peau du bras affecté pour rechercher des signes de contusions importantes ou d’hématomes étendus. Une ecchymose étendue ou des saignements sous la peau peuvent indiquer des lésions vasculaires sous-jacentes. On pourra également facilement observer s’il y a présence de fracture ouverte.

Imagerie médicale

Selon les circonstances, des examens d’imagerie seront le plus souvent nécessaires pour déterminer l’étendue de la blessure et planifier le traitement. On pense principalement à la radiographie et l’IRM dans une moindre mesure.

Si des informations supplémentaires sont nécessaires pour établir un diagnostic précis, des échographies ou des scintigraphies osseuses peuvent également s’avérer nécessaires (rare).

Une fois l’évaluation approfondie terminée, un diagnostic définitif peut être posé et un traitement initié.

Traitement de la fracture supracondylienne (coude)

Le traitement de la fracture supracondylienne (coude) implique généralement une prise en charge conservatrice ou chirurgicale.

On se fie entre autres aux classifications des fractures supracondyliennes pour orienter le choix du traitement (classification de Gartland ou Lagrange et Rigault).

Pour la classification de Gartland, les fractures de type I et II peuvent souvent être traitées de manière conservatrice avec une immobilisation par plâtre ou une attelle, tandis que les fractures de type III déplacées nécessitent généralement une intervention chirurgicale pour réaligner les fragments osseux et restaurer la stabilité de l’articulation.

Traitement conservateur

Le traitement conservateur des fractures supracondyliennes, est une approche non opératoire conçue pour guérir les fractures tout en évitant les risques associés à la chirurgie.

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Ce traitement est généralement recommandé pour les fractures simples, peu déplacées et les déplacements/angulations minimes.

Il consiste généralement à immobiliser l’articulation du coude dans une attelle en plâtre pendant environ trois semaines et à la retirer une fois que les os sont guéris et correctement alignés.

Dans certains cas, un plâtre à bras court peut également être utilisé pour une immobilisation et une stabilisation supplémentaires. En outre, pour réduire la douleur nerveuse ou le gonflement, il convient d’appliquer une poche de glace et de prendre des anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS).

Si le traitement conservateur donne souvent de bons résultats dans l’ensemble, il existe toujours un risque de déplacement qui peut nécessiter une intervention chirurgicale en fonction de la gravité de la fracture.

Traitement chirurgical

Le traitement chirurgical de la fracture supracondylienne (du coude) est une procédure délicate utilisée pour traiter l’os cassé. Ce genre de fracture nécessite une manipulation habile en raison des dommages possibles aux nerfs, vaisseaux ou muscles situés près de l’articulation.

Le traitement chirurgical des fractures supracondyliennes fait appel au :

  • Brochage percutané ;
  • Brochage descendant selon Métaizeau ;
  • Et au brochage ouvert.

Le brochage percutané consiste à réduire la fracture sous anasthésie générale, puis à la stabiliser à l’aide de deux broches insérées par voie percutanée externe.

Dans le cas du brochage descendant selon Métaizeau, deux broches sont insérées dans la diaphyse humérale au niveau du V deltoïde, puis descendues dans chaque colonne.

Le brochage ouvert est réalisé lorsqu’un brochage interne est nécessaire pour éviter de léser le nerf cubital ou si la fracture ne peut être réduite.

Il est important de souligner que si la réduction fermée et la réduction ouverte peuvent toutes deux constituer un traitement chirurgical efficace des fractures supracondyliennes de l’articulation du coude, la réduction ouverte doit être utilisée si les mesures conservatrices s’avèrent inefficaces.

Quel est le pronostic suite à une fracture supracondylienne ? (temps de guérison)

Le pronostic suite à une fracture supracondylienne du coude est généralement bon, mais il peut varier en fonction de plusieurs facteurs :

  1. Sévérité de la fracture
  2. Type de traitement (conservateur vs chirurgical)
  3. Âge du patient (enfant vs adulte vs personne âgée)

Le pronostic est également influencé par les complications potentielles associées à la fracture supracondylienne, qu’elle soit prise en charge de façon conservatrice ou corrigée chirurgicalement.

Les complications potentielles et séquelles de la fracture supracondylienne sont :

  • Infection de la plaie chirugicale
  • Lésions nerveuses ou vasculaires
  • Raideur et limitation de la mobilité du coude
  • Déformation articulaire
  • Douleurs chroniques
  • Retard de guérison (non-union, mal-union), en particulier chez les adultes plus âgés
  • Atteinte de la plaque de croissance chez l’enfant

Chez les enfants, il est essentiel de surveiller de près la croissance du coude après une fracture supracondylienne. La proximité de la plaque de croissance peut entraîner des problèmes de développement et de croissance si la fracture n’est pas correctement traitée.

Ainsi, une attention particulière est nécessaire pour éviter les dommages à la plaque de croissance, et prévenir tout retard de croissance ou déformation osseuse.

Dans tous les cas, la rééducation est essentielle pour optimiser la guérison et réduire la durée de convalescence. Un programme de rééducation adapté à chaque patient peut aider à restaurer la force, la mobilité et la fonction normale du coude, minimisant ainsi les risques de complications à long terme.

Combien de temps de guérison suite à une fracture supracondylienne ?

Le temps de guérison varie d’un individu à l’autre, sera influencé par des facteurs tels que l’âge, la santé générale du patient et le type de prise en charge.

En général, on peut espérer un délai de 6-8 semaines pour que les fractures supracondyliennes non déplacées guérissent avec un traitement adéquat.

Pour les fractures déplacées ou instables nécessitant une intervention chirurgicale, le temps de guérison peut être plus long, allant de 12-16 semaines ou plus, en fonction de la complexité de la fracture et du type de chirurgie réalisée.

Pour optimiser la guérison et réduire le temps de guérison, voici des conseils de base à adopter :

  1. Respecter strictement les consignes d’immobilisation du coude (que ce soit l’attelle ou le plâtre).
  2. Prendre la médication prescrite pour soulager les symptômes et améliorer sa qualité de vie (incluant le sommeil).
  3. Éviter de solliciter excessivement le bras et le coude blessés pour permettre une meilleure cicatrisation.
  4. Adopter une alimentation équilibrée et riche en nutriments pour favoriser la régénération des tissus.
  5. Faire des exercices de rééducation recommandés par le kinésithérapeute (physiothérapeute)
  6. Éviter de fumer, car le tabagisme peut ralentir le processus de guérison.
  7. Maintenir une bonne hygiène de vie et éviter les facteurs de risque qui pourraient retarder la cicatrisation.
  8. Se reposer suffisamment pour permettre au corps de se régénérer efficacement.
  9. Suivre régulièrement les visites de suivi chez le professionnel de santé pour évaluer la progression de la guérison.

Références

https://www.saintluc.be/professionnels/services/orthopedie/traumatologie-pediatrique/pages/44.html

http://www.orthopedie-pediatrique.be/index.php/fr/traumatologie-pediatrique/membre-superieur/coude/fracture-supracondylienne

http://dfron.free.fr/Membre_sup/Coude/Supracondylienne.htm

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