Gastrectomie : une chirurgie de l’estomac

Article rédigé par le 1 juillet 2024

La gastrectomie fait référence à l’ablation de l’estomac. En chirurgie digestive, la gastrectomie consiste à retirer une partie (gastrectomie partielle) ou la totalité (gastrectomie totale) de l’estomac en vue de prendre en charge chirurgicalement une pathologie gastrique.

En chirurgie bariatrique (traitement chirurgical de l’obésité), la « sleeve gastrectomie » – aussi appelée « gastrectomie longitudinale » -, est une réduction chirurgicale de la taille de l’estomac. Le but est de permettre aux personnes souffrant d’obésité sévère de perdre du poids durablement.

Dans cet article rédigé par une médecin, nous allons parler de la gastrectomie en chirurgie digestive. Pourquoi faire une gastrectomie partielle ou une gastrectomie totale ? Comment se déroule l’opération ? Quelles sont les conséquences de la gastrectomie ? Quid des complications ? Trouvez les réponses dans ce qui suit.

Les 5 points essentiels

  1. Depuis la mise en place de traitements antibiotiques pour traiter l’ulcère gastrique, le cancer de l’estomac est la principale indication de gastrectomie.
  2. La gastrectomie peut être pratiquée à titre préventif dans le cadre d’un cancer gastrique héréditaire.
  3. Au cours d’une gastrectomie, la continuité digestive sera assurée par un morceau d’intestin grêle.
  4. La gastrectomie provoque une perte de poids, des syndromes de petit estomac et de vidange gastrique rapide (dumping) ainsi qu’une carence en vitamine B12. Ces derniers peuvent être prévenus par des règles hygiéno-diététiques et une supplémentation vitaminique.
  5. La fistule anastomotique (fuite de liquide à travers la suture) est une complication post-opératoire majeure de la gastrectomie.

Gastrectomie : rappel anatomique de l’estomac

Avant d’entrer dans le vif du sujet, rappelons d’abord ce qu’est l’estomac.

Situation anatomique de l’estomac

L’estomac est une portion du tube digestif en forme de « J ». Il est situé dans la partie haute de l’abdomen, entre l’œsophage et le duodénum (la première partie de l’intestin grêle).

La jonction entre l’œsophage et l’estomac est appelé « cardia » tandis que l’autre jonction, celle qu’il y a entre l’estomac et le duodénum s’appelle « pylore ». Plusieurs vaisseaux sanguins irriguent l’estomac dont certains vascularisent également la rate.

Rôles de l’estomac

L’estomac recueille les aliments (solide et liquide) transmis par l’œsophage. Il commence la digestion en mélangeant les aliments aux sucs digestifs, des liquides produits par la paroi de l’estomac.

Les sucs digestifs contiennent des enzymes qui dégradent les protéines et les lipides ainsi que de l’acide chlorhydrique qui fait en sorte que les aliments digérés dans l’estomac prennent une forme assimilable par l’organisme.

Outre les sucs digestifs, l’estomac sécrète une protéine appelée « facteur de Castle » ou « facteur intrinsèque ». Ce dernier se lie à la vitamine B12 et la conduit vers l’intestin grêle pour être absorbé au niveau de l’iléon (la dernière partie de l’intestin grêle).

Bon à savoir : la vitamine B12, aussi appelée « cobalamine », est indispensable dans le fonctionnement de la moelle osseuse notamment dans la fabrication des globules rouges.

Gastrectomie : les indications chirurgicales

En chirurgie digestive, la gastrectomie a deux indications majeures : le cancer de l’estomac et l’ulcère gastrique (récidivant ou perforé). Ceci étant, depuis le progrès de la médecine sur l’Helicobacter pilori, la gastrectomie pour ulcère gastrique est devenue rare.

Explications : l’ulcère gastrique est une lésion de la paroi gastrique qui peut aboutir à une perforation de l’estomac. Il est, généralement, dû à une bactérie appelée « Helicobacter pilori ». Cette dernière peut être éradiquée en prenant des antibiotiques.

Concernant le cancer de l’estomac, la gastrectomie n’est pas seulement indiquée à titre curatif (pour traiter), elle l’est également à titre préventif pour les cancers gastriques héréditaires diffus (CGHD). Ces types de cancer sont provoqués par des mutations d’un gène du nom de CDH1. 

En France, en cas de prédisposition génétique aux CGHD (identification d’une mutation du gène CDH1), il est recommandé de faire une gastrectomie totale préventive entre l’âge de 20 à 30 ans. En Mai 2024, le Bulletin du cancer de la Société Française du Cancer a publié une étude sur le sujet.

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Menée par Perrine Côme et ses collaborateurs, l’étude a rapporté que les examens des tissus des estomacs retirés préventivement (chez des personnes asymptomatiques) ont révélé la présence d’un début de cancer diffus dans 90 à 100% des cas. Ils préconisent une surveillance mammaire régulière chez ces gastrectomisées (risque d’un cancer du sein s’il y avait diffusion avant l’opération).

Gastrectomie : déroulement de l’opération

La gastrectomie, qu’elle soit partielle ou totale, se fait sous anesthésie générale. Elle dure entre 3 à 6 heures et nécessite environ 1 à 2 semaines d’hospitalisation.

La gastrectomie peut se faire par laparotomie : votre chirurgien ouvre votre cavité abdominale. Il a le choix entre une incision verticale (partant du milieu de votre ventre, sous vos côtes, jusqu’à quelques centimètres de votre nombril) ou une incision transverse (d’un côté à l’autre, deux centimètres sous vos côtes).

Mais la plupart du temps, elle se fait par laparoscopie dite également « cœlioscopie ». C’est une procédure mini-invasive qui permet d’accéder à votre cavité abdominale en faisant de petites incisions (chirurgie à ventre fermé) et en utilisant une mini-caméra et des petits trocarts.

Gastrectomie partielle (gastrectomie subtotale)

Au cours d’une gastrectomie partielle, environ 2/3 ou 4/5 de votre estomac ainsi que la partie initiale de votre duodénum seront enlevés. Si vous avez un cancer, les ganglions lymphatiques se trouvant autour de votre estomac vont également être retirés (curage ganglionnaire abdominal).

La poche d’estomac restante va servir de réservoir partiel à vos aliments. Elle va aussi ralentir l’arrivée du bol alimentaire dans l’intestin grêle en débutant la digestion.

Gastrectomie totale

Lors d’une gastrectomie totale, votre estomac entier et une partie de votre duodénum seront enlevés. Parfois, une partie de votre œsophage est aussi concernée par l’ablation.

Et comme pour la gastrectomie partielle, un curage ganglionnaire abdominal sera réalisé en cas de cancer. Selon l’étendue de votre cancer, il se peut que votre chirurgien retire votre rate, votre vésicule biliaire et la queue de votre pancréas.

Bon à savoir : la continuité digestive est assurée par un morceau d’intestin grêle. En cas de gastrectomie partielle, ce morceau d’intestin grêle va être raccordé à la poche d’estomac restante : c’est « l’anastomose (branchement) gastro-jéjunale ». Pour une gastrectomie totale, il sera suturé à l’œsophage. On parle alors d’« anastomose œso-jéjunale ».

Gastrectomie : les conséquences

Comme vous venez de voir plutôt, l’estomac tient des rôles importants dans l’organisme. Son ablation, même partielle, n’est pas sans conséquence. Heureusement, il y a des solutions.

Perte de poids

Après votre gastrectomie, vous risquez de perdre quelques ou plusieurs kilos. Vous êtes également à risque d’avoir une fonte musculaire. Votre équipe soignante va vous prodiguer des conseils (prise en charge nutritionnelle) pour vous réapprendre à manger et à maintenir votre musculaire.

Syndrome du petit estomac

Lors d’une gastrectomie partielle, la poche d’estomac restante n’aura pas la même distension gastrique qu’avant votre opération. Cela peut entrainer une sensation de plénitude gastrique (estomac plein) au moment du repas.

Bon à savoir : quelle que soit la gastrectomie (partielle ou totale), la portion d’intestin grêle raccordée à la partie manquante va se réadapter pour assurer le circuit digestif. Elle va peu à peu se dilater pour augmenter sa capacité d’accueil de volume d’aliments.

Dumping syndrome

Le syndrome de dumping gastrique (ou « vidange gastrique rapide ») désigne un certain nombre de troubles se produisant pendant ou après un repas. Il est causé par l’arrivée rapide des aliments au niveau de l’intestin grêle provoquant sa surcharge. Cette surcharge va déclencher des réactions hormonales et nerveuses.

Dumping syndrome précoce

Pendant votre repas ou immédiatement après votre repas, le dumping précoce est caractérisé par des troubles digestifs (à type de nausées, vomissement, douleur abdominale), des troubles nerveux (malaise) et des troubles cardiaques (palpitations). Vous pourriez également avoir des bouffées de chaleur.

Dumping syndrome tardif

Une à trois heures après votre repas, le dumping tardif se présente sous de forme de crises d’hypoglycémie (diminution de taux de sucre dans le sang). Vous aurez des symptômes comme une sensation de faim, des étourdissements, des sueurs, des vertiges, de la fatigue, etc.).

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Le dumping tardif résulte d’un apport rapide et excessif d’aliments sucrés (notamment de sucres à absorption rapide) faisant augmenter la glycémie (taux de sucre dans le sang). Votre organisme va alors réagir en sécrétant des quantités importantes d’insuline (hormone hypoglycémiant) faisant baisser exagérément votre glycémie. D’où les crises hypoglycémiques.

Bon à savoir : des règles diététiques telles que fractionner l’alimentation (petits repas fréquents), supprimer les sucres rapides, bien mâcher les aliments permettent de prévenir les deux syndromes ci-dessous (petit estomac et dumping).

Carence en vitamine B12

Une gastrectomie totale vous prive du facteur intrinsèque. Ce qui aura pour résultat un défaut d’absorption de la vitamine B12 et donc : une carence. Vous aurez besoin d’une supplémentation de vitamine B12 (par injection intramusculaire) à vie.

Gastrectomie : les complications

Comme toute intervention chirurgicale, la gastrectomie comporte des risques. Il s’agit de :

Fistule anastomotique

C’est une complication postopératoire propre à la chirurgie du tube digestif. Il s’agit d’un défaut de cicatrisation au niveau d’une anastomose (suture non étanche). Elle se manifeste par la fuite de liquide au niveau de la fistule.

Au niveau de l’anastomose œso-jéjunale, la fuite de salive et de liquide peut entraîner une médiastinite (infection du médiastin, partie centrale du thorax).

Au niveau de l’anastomose gastro-jéjunale, la fuite de liquide dans l’abdomen peut provoquer un abcès localisé ou une péritonite (infection du péritoine, membrane qui recouvre les organes abdominaux).

Important : la péritonite est une urgence médico-chirurgicale. Si vous avez une douleur abdominale généralisée associée à une contracture permanente de l’abdomen (ventre de bois), appelez les secours !

 Le traitement de la fistule anastomotique inclut  l’arrêt de l’alimentation orale et la pose d’un minuscule tube (stent) couvert via l’endoscope (sonde souple introduite dans la bouche) pour obstruer le trou. Parfois, une nouvelle opération est nécessaire.

Complications communes à toute intervention chirurgicale

  • une hémorragie : elle peut nécessiter une transfusion sanguine et une nouvelle opération ;
  • une phlébite (thrombose veineuse) : formation d’un caillot de sang dans une veine du membre inférieur qui sera prévenue par l’instauration d’un traitement anticoagulant et le port d’un bas de contention anti-thrombose (bas à varices) ;
  • une infection : ce justifie la prescription d’un traitement d’antibiotique de manière préventive ;
  • une douleur post-opératoire : elle peut durer plusieurs semaines. Elle est prise en charge par une prise de traitements antalgiques.

Gastrectomie : quand consulter ?

Si vous venez de subir une gastrectomie :

Appelez les urgences si…

Vous avez une douleur abdominale généralisée associée à un ventre dur comme du bois. Ceux-ci peuvent être accompagnés par une accélération de la fréquence cardiaque et de la forte fièvre.

Consultez si…

  • vous avez des troubles digestifs persistants : nausées, vomissements, diarrhées, etc.
  • vous avez des malaises, des étourdissements ou des vertiges ;
  • vous crachez du sang ou avez du mal à respirer ;
  • vous avez de la fièvre et/ou des frissons.

Si vous cherchez un spécialiste dans votre région, consultez notre répertoire.

Témoignages

Bonjour

Vendredi, j’ai appris que je devrai subir une gastrectomie totale. J’ai 44 ans et 3 enfants. Aucun des deux médecins présents n’a dit le mot « cancer ».

Au départ, on m’a annoncé un lymphome gastrique puis, en fin de compte, non… Les biopsies (8 au total) ne seraient pas assez profondes.

J’ai peur. Aidez-moi, s’il vous plait !

Voir la suite de la conversation sur Ligue contre le cancer.

Références

Articles et ressources utilisées dans la création de cet article

Perrine Côme, Pauline Rochefort, Lucas De Crignis, Aurélien Dupré. Prophylactic gastrectomy. Bull Cancer. 2024 May 15:S0007-4551(24)00153-X. doi: 10.1016/j.bulcan.2024.04.003. PMID: 38755036.

Splénectomie : se faire enlever la rate (tout savoir)
Anesthésie générale : tout savoir (guide complet)
Palpitations cardiaques : Causes et explications

https://chirurgie-digestive-sat.aphp.fr/chirurgie/gastrectomies/principes-des-gastrectomies

https://www.chirurgien-digestif.com/gastrectomie

https://www.concilio.com/chirurgie-viscerale-traitements-gastrectomie https://cancer.ca/fr/cancer-information/cancer-types/stomach/treatment/surgery

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