Hépatectomie : ce qu’il faut savoir 

Article rédigé par le 26 avril 2024

L’hépatectomie est une intervention chirurgicale majeure visant à enlever une partie du foie. Cette procédure, bien que complexe, est souvent le dernier recours pour les patients souffrant de maladies graves du foie. 

Avant de se lancer dans cette démarche, il est essentiel de comprendre en profondeur son déroulement et ses implications.

Dans cet article rédigé par un médecin, nous explorerons en détail l’hépatectomie : ses indications, les types d’intervention réalisés, la préparation, le déroulement et la suite postopératoire avec quelques recommandations.

Les 5 points importants à retenir 

  1. L’hépatectomie consiste à enlever une partie du foie et peut être pratiquée pour diverses raisons médicales.
  2. Différents types d’hépatectomie comprennent l’hépatectomie étendue, la lobectomie gauche, la segmentectomie, la tumorectomie, la cholécystectomie élargie, la destruction par voie chirurgicale et la fenestration de kystes.
  3. Avant l’hépatectomie, des tests préopératoires sont nécessaires, y compris un bilan sanguin complet, des mesures des enzymes hépatiques, de la bilirubine, et un test de Prothrombine. Des examens d’imagerie tels qu’un scanner thoraco-abdominal et une IRM sont également effectués.
  4. L’hépatectomie est réalisée sous anesthésie générale. Une échographie peropératoire du foie est effectuée pour exclure toute tumeur non détectée lors des examens préopératoires. Une cholangiographie est également réalisée en fin d’opération pour vérifier l’intégrité des voies biliaires restantes.
  5. Après l’intervention, une surveillance étroite, une alimentation adaptée, et des précautions spécifiques sont nécessaires pour une récupération optimale.

Petit rappel sur le foie et sa fonction

Le foie est un organe vital situé dans la partie supérieure droite de l’abdomen, sous le diaphragme. Son poids moyen est d’environ 1,5 kg chez l’adulte. 

L’anatomie du foie

Le foie est divisé en deux principaux lobes : le lobe droit et le lobe gauche, et chaque lobe est divisé en huit segments

Le lobe droit est plus grand que le lobe gauche et est subdivisé en deux parties supplémentaires : le lobe caudé et le lobe carré. Le lobe gauche est plus petit et est situé à gauche du ligament falciforme, une structure fibreuse qui soutient et sépare les lobes. 

À quoi sert le foie dans notre organisme ?

Fonctionnellement, le foie est impliqué dans de nombreuses fonctions, notamment : 

  • la production de la bile, 
  • la décomposition des globules rouges, 
  • la synthèse des protéines, 
  • le stockage du glucose sous forme de glycogène, 
  • la régulation du métabolisme des lipides, 
  • la détoxification des substances nocives, 
  • et la métabolisation des médicaments.

Cependant, malgré ses nombreuses fonctions, certaines conditions médicales graves peuvent nécessiter l’ablation d’une partie du foie. On appelle cette intervention : hépatectomie

Point important : après une hépatectomie, le foie a la remarquable capacité de se régénérer, vous permettant ainsi de retrouver une fonction hépatique normale en peu de temps.

Qu’est-ce qu’une hépatectomie et quelles sont ses indications ?

L’hépatectomie, connue également sous le nom de résection hépatique, est un geste chirurgical qui consiste à enlever une partie du foie. 

Une hépatectomie est indiquée dans plusieurs cas, notamment :

  • Les tumeurs hépatiques : il peut s’agir de tumeurs bénignes, de tumeurs malignes primitives ou de métastases hépatiques. Ces dernières sont l’indication la plus fréquente. Les tumeurs primitives du foie les plus couramment traitées par hépatectomie incluent l’hépatocarcinome et le cholangiocarcinome ;
  • Les pathologies infectieuses du foie : comme les kystes parasitaires ou les abcès chroniques bactériens ;
  • Les malformations du foie : telles que les dilatations localisées des voies biliaires.

Bon à savoir : les hépatectomies partielles sont également réalisées pour retirer une partie d’un foie d’un donneur vivant en vue d’une transplantation.

Quelles sont les principales interventions réalisées ?

Il existe plusieurs sortes d’hépatectomie : 

Les hépatectomies étendues

Ces procédures impliquent le retrait de plus de deux segments adjacents du foie. Les opérations les plus courantes sont l’hépatectomie droite, qui retire les segments V à VIII, l’hépatectomie gauche, qui concerne les segments II à IV, et l’hépatectomie droite élargie, qui inclut les segments IV à VIII.

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L’hépatectomie élargie est traditionnellement réalisée par laparotomie en raison de la nécessité d’une incision large pour l’extraction du tissu. 

La lobectomie gauche

La lobectomie gauche consiste à retirer les segments II et III du foie et est souvent réalisée par cœlioscopie en raison de sa nature standardisée.

La segmentectomie 

La segmentectomie désigne le retrait d’un segment unique du foie. Les segments inférieurs se prêtent bien à la cœlioscopie, tandis que pour les autres, la chirurgie ouverte reste la norme pour assurer un accès sécurisé.

La tumorectomie

Cette opération consiste à exciser la tumeur avec une marge de tissu hépatique sain. La cœlioscopie est privilégiée sauf si la tumeur est située dans une zone difficile d’accès.

La cholécystectomie élargie

Elle implique le retrait de la vésicule biliaire, des segments IVB et V du foie, ainsi que des ganglions lymphatiques environnants. 

La cholécystectomie élargie est la procédure standard pour les cancers de la vésicule biliaire.

La destruction par voie chirurgicale

Lorsqu’une tumeur ne peut être retirée chirurgicalement, des techniques comme la radiofréquence ou les micro-ondes peuvent être utilisées pour la détruire. Ces procédures peuvent être réalisées par les radiologues interventionnels, soit par voie percutanée, soit par voie chirurgicale.

La fenestration de kystes

Adaptée aux kystes symptomatiques, cette opération consiste à enlever la partie supérieure du kyste et à drainer son contenu, permettant au péritoine d’absorber les sécrétions restantes. La cœlioscopie est souvent préférée pour cette intervention.

Comment se préparer à une hépatectomie ?

Avant de procéder à une hépatectomie, en particulier en présence d’une tumeur, le chirurgien requiert certains tests préopératoires

Sur le plan biologique, il vous prescrira un bilan sanguin complet, la mesure des enzymes hépatiques, de la bilirubine, ainsi qu’un test de Prothrombine pour évaluer votre capacité de coagulation.

Pour ce qui est des examens d’imagerie, un scanner thoraco-abdominal est généralement demandé et il est souvent complété par une IRM.

Pour terminer, une consultation avec l’anesthésiste est obligatoire, puisque l’intervention se fera sous anesthésie générale.

Comment se déroule une hépatectomie en général ?

L’hépatectomie est réalisée sous anesthésie générale. Vous ne ressentirez aucune gêne ni douleur durant toute l’intervention. 

Mise en condition 

L’hépatectomie implique que vous soyez positionné sur la table d’opération, les bras ouverts. Une sonde urinaire est installée pour contrôler la diurèse et une voie veineuse centrale est établie dans la veine jugulaire pour l’administration de fluides et de médicaments.

Bon à savoir : la sonde urinaire sera enlevée juste après l’intervention, au moment de votre premier lever. 

Début de l’incision 

L’incision pratiquée suit généralement le bord costal droit et peut s’étendre vers la gauche si nécessaire. La cœlioscopie, avec trois petites incisions pour introduire les instruments, peut être envisagée pour des procédures moins complexes comme la lobectomie gauche ou la tumorectomie, mais sous certaines conditions. 

Échographie peropératoire 

Avant de procéder à l’hépatectomie, une échographie peropératoire du foie est effectuée pour exclure toute tumeur non détectée lors des examens préopératoires.

Retrait du foie

Le foie est ensuite dégagé de ses attaches ligamentaires pour permettre sa mobilisation. En raison de sa grande vascularisation et de sa texture fragile, le foie peut saigner abondamment lors de la coupe. Pour réduire le saignement, un clamp est appliqué sur le pédicule hépatique, interrompant temporairement le flux sanguin vers le foie. Les canaux biliaires et les vaisseaux sanguins doivent également être ligaturés sélectivement.

Vérification 

Une cholangiographie est réalisée en fin d’opération pour vérifier l’intégrité des voies biliaires restantes. 

Bon à savoir : la cholangiographie est un examen radiographique qui permet de visualiser les voies biliaires après y avoir administré un produit de contraste iodé.

A la fin de l’intervention 

A la fin d’une hépatectomie, un drain peut être placé près de la surface de coupe, bien que cela ne soit pas systématique. La fermeture de la paroi abdominale se fait plan par plan.

Suite à une hépatectomie, le patient est pris en charge dans une unité de soins intensifs pour un suivi minutieux. La première phase de récupération se concentre sur le réveil post-anesthésique et la stabilisation des fonctions vitales.

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Point important : la durée de l’hospitalisation varie selon les cas, mais le suivi médical reste essentiel même après le retour à domicile.

Quelles sont les complications possibles lors d’une hépatectomie ?

L’hépatectomie, bien que bénéfique, n’est pas sans risques. Les complications peuvent survenir pendant ou après l’opération. 

Les risques durant l’hépatectomie

Pendant la chirurgie, 

  • Hémorragie : Un risque important en raison de la vascularisation riche du foie. Une transfusion sanguine peut être nécessaire ;
  • Lésions d’autres organes : Par exemple, des lésions de la rate peuvent survenir ;
  • Complications anesthésiques : Comme pour toute chirurgie, il y a des risques liés à l’anesthésie générale.

Les complications possibles après l’intervention

Après l’opération, les risques incluent :

  • l’infection, particulièrement au niveau de la plaie chirurgicale ;
  • et l’insuffisance hépatique, si la partie restante du foie ne fonctionne pas adéquatement. 

D’autres complications moins fréquentes sont :

  • les fuites biliaires, 
  • les abcès hépatiques, 
  • et les problèmes pulmonaires.

Selon une étude menée par le Dr Raffaele BRUSTIA et ses collaborateurs, en 2019, les patients en surpoids ont un risque accru de développer des collections postopératoires (abcès, accumulation de bile en dehors des voies biliaires, etc.) après une hépatectomie.

Quand consulter ?

Après une hépatectomie, il est important de surveiller certains signes qui peuvent nécessiter une consultation immédiate, comme :

  • Fièvre : Température corporelle élevée indiquant une possible infection.
  • Essoufflement : Difficulté à respirer ou respiration rapide.
  • Douleurs abdominales aiguës ou intenses : Douleur soudaine ou sévère dans la région abdominale.
  • Douleurs des épaules, en particulier à droite : Peut être liée à une irritation du diaphragme.
  • Jaunisse : Coloration jaune de la peau et des yeux, indiquant des problèmes hépatiques ou biliaires.

Si vous présentez l’un de ces signes, il est recommandé de contacter immédiatement votre chirurgien ou de consulter un médecin. Si vous consultez un autre médecin, n’oubliez pas de préciser que vous avez subi récemment une hépatectomie.

Pour trouver un médecin proche de chez vous, vous pouvez consulter notre répertoire.

Quelles sont les précautions à prendre après votre intervention ?

La période post-opératoire après une hépatectomie est délicate et nécessite des précautions spécifiques. 

Bien se reposer

Le repos est essentiel, mais il doit être équilibré avec une reprise graduelle de l’activité physique pour favoriser la circulation sanguine. 

Avoir une bonne alimentation

Une alimentation riche en protéines et en calories est souvent recommandée pour aider à la régénération du foie. Il est important d’éviter l’alcool et les médicaments hépatotoxiques (Augmentin, Paracétamol,etc.) qui pourraient compromettre la fonction hépatique.  

Avoir une hygiène optimale

Point essentiel : ne pas prendre un bain si vous avez un drain, une sonde urinaire ou un pansement. 

Vous pouvez prendre une douche une fois que le pansement et le drain ont été retirés, à condition que la plaie ne suinte pas. 

Quant aux bains, ils sont possibles deux semaines après l’opération, à condition que la plaie soit complètement cicatrisée et qu’il n’y ait pas d’écoulement.

Faire des suivis médicaux réguliers 

Une consultation postopératoire est généralement prévue un mois après l’intervention. Ensuite, un suivi médical sera mis en place et le rythme sera décidé par votre chirurgien. 

Le suivi médical inclut des visites régulières pour surveiller la cicatrisation et la fonction hépatique, ainsi que des examens d’imagerie pour s’assurer que le foie se régénère correctement.

Références 

Les ressources utilisées dans la création de cet article
  • CHU de Québec – Université Laval : Hépatectomie – Chirurgie du foie
  • Hôpitaux universitaires Est parisien – Service de chirurgie générale et digestive : Principe d’une hépatectomie
  • Centre lyonnais de chirurgie digestive – Chirurgie du foie ou hépatectomie : Traitements
  • Brustia R, Fleres F, Tamby E, Rhaiem R, Piardi T, Kianmanesh R, Sommacale D. Postoperative collections after liver surgery: Risk factors and impact on long-term outcomes. J Visc Surg. 2020 Jun;157(3):199-209. doi: 10.1016/j.jviscsurg.2019.09.005. Epub 2019 Sep 29. PMID: 31575482.
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