Hypophosphatasie : tout savoir

Article rédigé par le 5 juillet 2024

L’hypophosphatasie ou maladie de Rathbun est une maladie héréditaire rare. Elle est due à des mutations génétiques provoquant un défaut d’activité de la phosphatase alcaline (TNSALP), une enzyme essentielle à la minéralisation des os.

L’hypophosphatasie est caractérisée par des anomalies osseuses et des affections dentaires (perte précoce des dents) accompagnées ou non de troubles neurologiques (convulsions) et musculo-articulaires. Elle peut se manifester à tout âge et est redoutable chez les nouveau-nés.

Apprenez un peu plus sur l’hypophosphatasie dans cet article rédigé par un professionnel bucco-dentaire. Après une description sur l’origine de cette maladie, vous verrez ses différentes formes et ses traitements.

Les 5 points essentiels à retenir

  1. L’hypophosphatasie est due à des mutations du gène ALPL qui code l’enzyme phosphatase alcaline tissu-non spécifique (TNSALP).
  2. Les mutations génétiques perturbent l’activité de l’enzyme phosphatase alcaline tissu-non spécifique (TNSALP) impactant sur la minéralisation des os et l’absorption de la vitamine B6.
  3. Il existe 6 formes d’hypophosphatasie dont une forme purement dentaire (odontohypophosphatasie).
  4. Des examens sanguins et urinaires ainsi que des tests génétiques permettent d’établir le diagnostic de l’hypophosphatasie.
  5. La prise en charge de l’hypophosphatasie est pluridisciplinaire (coopération des plusieurs spécialistes). Au niveau bucco-dentaire, l’objectif est de traiter les troubles dentaires et leurs séquelles.

Qu’est-ce que l’hypophosphatasie ?

L’hypophosphatasie (HPP) ou maladie de Rathbun est une maladie génétique rare. En Europe : dans sa forme sévère, elle touche environ 1 personne sur 300.000 et 1 personne sur 100.000 dans sa forme modérée.

L’hypophosphatasie est due à des mutations du gène ALPL (Alkaline Phosphatase Liver Type) qui code une enzyme appelée phosphatase alcaline tissu-non spécifique (TNSALP). Cette dernière joue un rôle important dans la minéralisation osseuse (notamment dans la fixation du calcium) et l’absorption de la vitamine B6 ou pyridoxine.

Les mutations du gène ALPL impactent sur l’activité de la phosphatase alcaline (TNSALP). L’activité de l’enzyme peut être seulement réduite ou devient carrément nulle. Ce qui explique les différentes formes de l’hypophosphatasie.

Bon à savoir : en 2024, plus de 400 mutations du gène ALPL sont identifiées.

Quelles sont les différentes formes de l’hypophosphatasie ?

Il existe 6 formes d’hypophosphatasie.

L’hypophosphatasie périnatale ou néonatale létale

L’hypophosphatasie périnatale (in utéro) ou néonatale (à la naissance) létale est la forme la plus sévère de la maladie. Elle consiste en une insuffisance de minéralisation de tout le squelette durant la grossesse provoquant une insuffisance respiratoire à la naissance qui conduit au décès du nouveau-né en quelques jours.

L’hypophosphatasie périnatale bénigne

Il y a également une insuffisance de minéralisation du squelette pendant la grossesse mais elle s’améliore au cours du troisième trimestre. A la naissance, le nouveau-né peut avoir des manifestations squelettiques (comme des membres raccourcis ou recourbés) ou neurologiques (convulsions) mais elles régressent au fil des années. La maladie évolue vers d’autres formes d’hypophosphatasie.

L’hypophosphatasie infantile

La forme infantile d’hypophosphatasie se déclare avant l’âge de 6 mois. Le nourrisson peut bien être normal à la naissance ou avoir une hypophosphatasie périnatale bénigne. La maladie se manifeste par un retard de croissance, une baisse du tonus musculaire, des déformations osseuses (genu varum, craniosténose) et un rachitisme (défaut de maturation de l’os) causant de multiples fractures.

Bon à savoir : la craniosténose est une fermeture prématurée d’une ou plusieurs sutures crâniennes. Elle peut provoquer une hypertension intracrânienne.

L’hypophosphatasie juvénile

L’hypophosphatasie juvénile (entre l’âge de 6 mois à 18 ans) est marquée par une chute prématurée des dents de lait (vers 2 à 4 ans, voire avant). L’enfant ou l’adolescent présente également un retard de croissance, un rachitisme, des troubles de la marche, des douleurs musculo-articulaires et de la fatigue inexpliquée.

L’hypophosphatasie adulte

La forme adulte de l’hypophosphatasie apparait après l’âge de 18 ans. Elle est caractérisée par la chute des dents définitives et des anomalies de l’émail dentaire. Le patient présente une importante fragilité osseuse (fractures multiples notamment aux membres inférieurs), des douleurs articulaires diffuses ainsi qu’une faiblesse musculaire.

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L’odontohypophosphatasie

Les manifestations d’odontohypophosphatasie sont purement dentaires. Le patient n’a aucune anomalie squelettique. Il présente des chutes précoces de ses dents (dents de lait ou dents définitives), des anomalies de forme ou de structures de ses dents (de lait ou définitives), des caries dentaires et des maladies parodontales chroniques.

Comment diagnostiquer l’hypophosphatasie ?

Si votre médecin soupçonne que vous ou votre enfant souffrez d’une hypophosphatasie : après vous avoir examiné attentivement, il va demander des analyses sanguines et urinaires. Biologiquement, l’hypophosphatasie se manifeste par une hypophosphatasémie (diminution du taux de phosphatase alcaline dans le sang) et une hypercalciurie (augmentation du taux de calcium dans l’urine).

Des tests génétiques viendront confirmer le diagnostic. Parfois, votre médecin demande des examens d’imagerie pour examiner vos anomalies squelettiques et dentaires.

Conseil du professionnel : visitez régulièrement votre dentiste (au moins une fois par an). Comme toutes les formes d’hypophosphatasie ont des manifestations dentaires, ce sont généralement les dentistes qui sont les premiers à détecter cette maladie.

Comment traiter l’hypophosphatasie ?

La prise en charge de votre hypophosphatasie (ou de votre enfant) requiert la coopération de nombreux spécialistes. Parmi eux, il y aura des généticiens cliniciens, des obstétriciens, des pédiatres, des rhumatologues, des dentistes, des neurochirurgiens, …

En 2011, Maurice Audran et son collaborateur Daniel Chappard ont rapporté dans Revues de rhumatisme monographies que des injections quotidiennes d’enzyme de substitution humaine ont des résultats prometteurs dans le traitement d’hypophosphatasie. De nos jours, cette enzyme de substitution connue sous le nom d’asfotase alfa est reconnue efficace pour traiter l’hypophosphatasie chez l’enfant.

A part cela, le traitement de l’hypophosphatasie peut varier d’un patient à un autre. Les douleurs osseuses sont, de manière générale, traitées avec des antalgiques et des anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS). L’administration à fortes doses de vitamine B6 est souvent réalisée dans les formes sévères.

Au niveau bucco-dentaire, l’objectif du dentiste est de prendre en charge les séquelles des chutes prématurées de vos dents (ou de votre enfant) et de traiter les anomalies de vos structures dentaires. La pose des prothèses pédiatriques ou sur implants dentaires (chez l’adulte) sera décidée au cas par cas.

Quand consulter ?

Selon la forme d’hypophosphatasie, il existe plusieurs manifestations de la maladie. Cependant, les troubles dentaires sont communs à toutes les formes de la maladie. Soyez attentif particulièrement attentif sur votre santé bucco-dentaire et celle de vos enfants (notamment les chutes dentaires) si vous avez un membre de votre famille atteint d’une hypophosphatasie.

Il est aussi important de veiller sur la santé de votre squelette. Consultez si vous vous fracturez souvent vos os ou si vous avez des faiblesses musculaires ou des douleurs articulaires diffuses. Pour votre enfant, consultez si votre nourrisson ou votre adolescent a un retard de croissance, des déformations osseuses ou des troubles de la marche.

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Témoignages

Le parcours de vie et de santé d’Aurélie, 24 ans, est signifiant du désarroi dans lequel peuvent se trouver un malade et sa famille lorsque ceux-ci sont confrontés à un diagnostic de maladie génétique rare. En effet, il aura fallu plus de dix ans d’errance diagnostique à Aurélie et à ses parents pour, enfin, mettre le mot « hypophosphatasie » sur la maladie qui la touchait.

Aurélie est née en février 1990, au terme d’une grossesse tout à fait normale. À sa naissance, des déficiences liées à une « maladie génétique rare » sont constatées par l’équipe médicale qui en informe les parents : les os des bras et des jambes sont longs et déformés ; les os sont très peu calcifiés ; il existe des déformations importantes de la cage thoracique. Après avoir rencontré un endocrinologue pédiatrique et avoir échangé avec un Professeur de l’Hôpital Necker Enfants-Malades à Paris, un premier diagnostic d’ostéopathie de type dysgénésie métaphysaire est signifié aux parents et, avec lui, la crainte d’un pronostic vital engagé.

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Déjouant les pronostics, Aurélie survit au prix de nombreuses hospitalisations et prises en charge par divers professionnels de santé au cours de son enfance : à 1 an, une première intervention chirurgicale pour un pied-bot varus équin droit est pratiquée et suivie d’une kinésithérapie intensive qui permettra à Aurélie de marcher à 2 ans ; de 2 à 4 ans, elle suit une rééducation fonctionnelle respiratoire (de type Bird 2). Sa courbe de croissance étant toujours au-dessous de la normale minimale, un traitement par injection d’hormones de croissance est envisagé mais ne sera pas pratiqué ; de 8 à 9 ans, elle change d’endocrinologue et entre dans un protocole tendant à lui injecter chaque jour des hormones de croissance. Celui-ci lui permet de récupérer quelques précieux centimètres et d’avoir plus de tonicité.

Avec l’adolescence et après des explorations génétiques plus poussées, le diagnostic d’hypophosphatasie en posé par un endocrinologue pédiatrique. Aurélie a 11 ans et elle n’en a pas fini avec les professionnels de santé. Elle est suivie par un pneumologue-allergologue pour ses problèmes thoraciques qui se stabilisent. La puberté (à 14 ans) signe l’arrêt du traitement par hormones de croissance. Sur le plan orthopédique, Aurélie fait de fréquentes entorses aux poignets et aux chevilles. Elle présente aussi une inversion des courbures au niveau de son rachis associant cyphose cervicale, lordose thoracique et cyphose lombaire. Si elle marche en boitant, elle ne peut courir normalement. Pour l’aider à récupérer du souffle et de la tonicité, elle pratique de la kinésithérapie en piscine 1 fois par semaine.

À 16 ans, elle est renversée sur un passage clouté (perte de connaissance mais pas de fractures) ce qui occasionnera chez elle, depuis, des douleurs importantes au niveau du dos. L’année de sa majorité sera très difficile pour Aurélie car ce sera une année de douleurs aigües (au niveau des genoux et des chevilles) qui ne peuvent être résorbées (malgré de nombreux traitements par injections diverses) et celle de l’arrêt de la marche et de la mise en fauteuil roulant !

À 20 ans, elle doit aussi faire face à des fractures sur ses deux fémurs, fractures qui auront du mal à se résorber et lui occasionnent toujours plus de douleurs. Par ailleurs, au niveau dentaire, Aurélie est régulièrement suivie par un dentiste : elle a un traitement d’orthodontie sérieux et a une contention permanente pour les dents du haut et du bas. De même, elle est suivie par un nutritionniste afin de limiter sa prise de poids.

Malgré l’expression évolutive de sa maladie avec l’âge et ses contraintes quotidiennes (isolement, arrêt du sport, douleurs, manque de sommeil, perte de l’autonomie, poursuite des études dans un centre spécialisé…), Aurélie est une jeune femme volontaire et résolument engagée dans la vie. Son parcours scolaire a été mené avec brio (un BEP, un BAC PRO avec mention, un BTS en cours) et ses projets restent nombreux : poursuivre ses études, partir en vacances, avoir son permis et son propre appartement.

Enfin, Aurélie reste très attentive à l’évolution des essais cliniques en cours d’expérimentation et aux travaux engagés autour d’autres approches thérapeutiques et, avec eux, garde l’espoir d’un avenir lui ouvrant le champ des possibles.

Voir d’autres témoignages sur Hypophosphatasie Europe.

Références

Articles et ressources utilisées dans la création de cet article
Carie dentaire : causes, manifestations et traitements efficaces
Maladie parodontale : Comprendre et prévenir cette affection buccale
Notre processus de création d’articles chez Groupe SANTÉPOURTOUS

Chaque article est rédigé par un professionnel de santé qualifié en suivant des procédures de rédaction strictes (en savoir plus). Cet article présent est régulièrement révisé à la lumière des évidences scientifiques les plus récentes.

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