Kyste de Tarlov : comment traiter cette pathologie méconnue ?

Article rédigé par le 25 avril 2024

Vous êtes-vous déjà demandé ce qu’est le kyste de Tarlov ? Bien que cette affection soit rare et peu connue, elle peut causer des douleurs lombaires, des maux de dos, des sciatiques ou des cruralgies si elle comprime une racine nerveuse.

Initialement asymptomatique, cette pathologie est dans la majorité des cas découvertes fortuitement à l’occasion d’une IRM du rachis et de la moelle épinière.

Dans cet article rédigé par un professionnel de santé, nous allons répondre à toutes vos questions sur cette affection, y compris sa gravité et les traitements disponibles.

Kyste de Tarlov : les points à retenir

  1. Le kyste de Tarlov est une pathologie rare et peu connue qui peut causer des douleurs lombaires, des maux de dos, des sciatiques ou des cruralgies si elle comprime une racine nerveuse.
  2. Le kyste de Tarlov peut induire des douleurs lombaires et pelviennes, altérer la mobilité et les sensations, et occasionner des troubles variés tels que faiblesses musculaires, paresthésies, céphalées et perturbations des fonctions gastro-intestinales, urinaires ou sexuelles.
  3. Son diagnostic est complexe et est généralement établi suite à l’apparition de symptômes ou de manière incidente lors d’une imagerie médicale.
  4. Les traitements peuvent inclure des options conservatrices telles que la prise d’antalgiques, la kinésithérapie et l’ostéopathie, ainsi que des produits et accessoires pour soulager les douleurs. Des approches plus drastiques, notamment chirurgicales, peuvent être nécessaires dans certains cas.
  5. Les critères justifiant une intervention chirurgicale incluent la confirmation radiologique d’un kyste de Tarlov, sa taille conséquente, la présence de symptômes impactant la qualité de vie, et l’absence de progrès malgré un traitement non chirurgical adéquat.

Rappel sur l’anatomie du rachis

La colonne vertébrale est la structure protectrice de la moelle épinière. Cette dernière se termine avec le cône médullaire au niveau des vertèbres lombaires, plus précisément la deuxième vertèbre lombaire chez la plupart des adultes.

En dessous de ce point, les nerfs spinaux continuent sous forme de racines nerveuses, formant ce qu’on appelle la « queue de cheval ».

De part et d’autre de chaque vertèbre, des racines nerveuses émergent de la moelle épinière. Ces racines sont responsables de l’innervation sensitive et motrice de différentes régions du corps, notamment des membres supérieurs et inférieurs.

Tout comme le cerveau, la moelle épinière est enveloppée par trois membranes appelées les méninges. À l’intérieur de ces membranes se trouve un liquide biologique, le liquide cérébrospinal.

Kyste de Tarlov : qu’est-ce que c’est ?

Le kyste de Tarlov, aussi nommé kyste périneural, est une poche renfermant du liquide cérébrospinal qui se développe au niveau des racines nerveuses.

Ces kystes sont plus fréquents au niveau des racines sacrées, localisées au niveau du sacrum, bien qu’ils puissent apparaître à différents niveaux de la colonne vertébrale. Ils peuvent varier en taille et en nombre.

Il existe plusieurs systèmes de classification des kystes de Tarlov, mais le plus couramment utilisé est la classification de Nabors. Cette classification est basée sur la taille et la localisation des kystes, et elle comporte trois grades :

  • Grade 1 : kyste méningés extraduraux sans implication de fibres de la moelle ni des racines nerveuses
  • Grade 2 : kystes méningés extraduraux avec avec implication de fibres de la moelle ou des racines nerveuses
  • Grade 3 : kystes méningés intraduraux (à l’intérieur même de la moelle épinière)

Incidence et prévalence du kyste de Tarlov : une pathologie rare et peu connue

Les kystes de Tarlov de petite taille, généralement asymptomatiques, sont observés chez environ 5 à 9 % de la population générale. Cependant, les kystes volumineux engendrant des symptômes restent relativement rares.

Découverts pour la première fois en 1938, les connaissances scientifiques relatives à ces kystes demeurent encore très limitées.

Selon une enquête récente sur les kystes de Tarlov, faîte par la TCSG (Tarlov Cyst Support Group) environ 86,6 % des participants étaient de sexe féminin et 13,4 % de sexe masculin.

La majorité significative des participants appartenait à la tranche d’âge de 31 à 60 ans, totalisant 80,4 % des répondants.

Environ 33 % des participants présentaient un ou des kystes dans d’autres parties du corps, principalement situés dans l’abdomen, les mains et les poignets.

Pronostic et évolution : s’agit-elle d’une pathologie grave ?

Le kyste de Tarlov peut évoluer longtemps en silence. Tant qu’il ne gêne pas les nerfs qui l’avoisinent, il ne provoque pas de signe perceptible à l’extérieur. C’est pour cette raison que cette affection est peu connue.

Lorsque la taille du kyste devient significative au point de provoquer une irritation des racines nerveuses ou un processus inflammatoire, des symptômes peuvent se manifester.

Heureusement, ces signes demeurent réversibles si une prise en charge est rapidement initiée.

Symptômes du kyste de Tarlov : comment les reconnaître ?

Après une phase de latence prolongée, le kyste de Tarlov peut donner lieu à plusieurs manifestations cliniques, notamment :

  • Dorsalgie et douleur pelvienne
  • Sciatalgie ou cruralgie
  • Œdème sacral
  • Difficultés locomotrices
  • Altération de la sensibilité et des réflexes
  • Faiblesse musculaire des membres inférieurs, pouvant évoluer vers la paralysie
  • Incapacité à maintenir une position assise
  • Paresthésies, dysesthésies ou hypoesthésies des membres
  • Céphalées et migraines
  • Troubles gastro-intestinaux, urinaires (incluant l’incontinence) ou sexuels..

Lorsqu’il devient symptomatique, on parle alors de maladie de Tarlov (ou syndrome de Tarlov).

Diagnostic d’un kyste de Tarlov : quels examens ?

Après une période souvent asymptomatique, le diagnostic du kyste de Tarlov est complexe.

Dans la plupart des cas, il est établi suite à l’apparition de symptômes ou de manière incidente lors d’une imagerie médicale, généralement après que le patient a signalé des douleurs au niveau lombaire ou le long des membres inférieurs.

Parmi les examens qui peuvent diagnostiquer cette pathologie, on compte : 

  • Une IRM (imagerie par résonance magnétique), permettant de découvrir les lésions au niveau des tissus.
  • Une myélographie (ou myeloscanner), une radiographie de la moelle épinière effectuée avec une injection de produit de contraste iodé, aidant à repérer les pathologies au niveau de la moelle épinière.
  • Enfin, un bilan électrophysiologique est indispensable pour connaitre les effets du kyste sur les racines nerveuses.

Pour mieux apprécier l’étendue des symptômes et leur impact, le médecin procédera à un examen neurologique complet (force, sensibilité, coordination, etc.).

Il est important de noter que si vous présentez des douleurs au niveau lombaire ou le long des membres inférieurs, cela peut être un signe en faveur d’un kyste de Tarlov.

Après une période souvent asymptomatique, le diagnostic de cette condition est complexe et est généralement établi suite à l’apparition de symptômes ou de manière incidente lors d’une imagerie médicale.

Par conséquent, si vous présentez ces symptômes, il est important de consulter un professionnel de la santé pour un diagnostic précis.

Traiter un kyste de Tarlov : options conservatrices et chirurgicales

Actuellement, il n’existe pas de consensus médical clairement établi quant au traitement du kyste de Tarlov. Ceci découle du caractère rare de cette affection et du fait que de nombreux praticiens minimisent le diagnostic.

En France, il est à noter que le centre de référence pour cette pathologie est l’hôpital Louis Pasteur de Colmar.

Le médecin a le choix entre divers types de traitements, et leur efficacité varie selon les patients :

Traitemens conservateurs

Prise d’antalgiques

Les antalgiques peuvent être efficaces pour apaiser les douleurs dorsales et détendre les muscles.

Les dérivés morphiniques sont souvent privilégiés, en particulier lorsque la douleur est invalidante.

Kinésithérapie et ostéopathie

La kinésithérapie (physiothérapie) et l’ostéopathie, bien qu’elles n’interviennent pas nécessairement sur la cause sous-jacente, contribuent à améliorer la qualité de vie et les capacités fonctionnelles du patient affecté.

Les techniques de soulagement de la douleur et les massages visent à contrôler les tensions musculaires.

Par le biais d’exercices et d’étirements thérapeutiques, l’objectif est de diminuer la pression sur les nerfs, accroître la force des muscles touchés et restaurer une fonction optimale.

Produits et accessoires pour soulager les douleurs du kyste de Tarlov

Parmi les produits recommandés par nos professionnels, nous avons :

Traitement chirurgical

Dans certains cas, des approches plus drastiques, notamment chirurgicales, peuvent être nécessaires pour traiter le kyste de Tarlov.

Les indications potentielles pour une intervention chirurgicale sont :

  • Confirmation de l’existence d’un kyste de Tarlov par imagerie médicale
  • Taille significative du kyste (diamètre supérieur à 1,5 cm)
  • Signes et symptômes significatifs qui affectent la qualité de vie de la personne atteinte
  • Absence d’amélioration malgré un traitement conservateur bien conduit (généralement 3-6 mois)

Parmi les modalités chirurgicales utilisées, on compte :

Drainage du liquide cérébrospinal

Le drainage lombaire du liquide cérébrospinal consiste à prélever le liquide par ponction pour réduire l’excroissance.

Aspiration du kyste

Plusieurs études ont été menées sur l’aspiration chirurgicale du kyste de Tarlov.

Certaines études ont montré que l’utilisation de l’aspiration percutanée du kyste guidée par TDM avec injection de gel de fibrine permet une résolution substantielle des symptômes à terme chez les patients jeunes avec une histoire clinique ne dépassant pas 6 mois.

Cependant, d’autres études ont rapporté des résultats négatifs, tels que des symptômes récurrents ou une méningite aseptique à la suite du traitement à la colle de fibrine.

Une étude a retrouvé chez 31 patients une amélioration de 80 % des symptômes préopératoires, sans récidive des kystes traités au cours d’un suivi moyen de 23 mois avec deux cas de méningite aseptique.

Excision partielle ou totale du kyste de Tarlov

L’excision partielle ou totale du kyste est plus compliquée, car la paroi du kyste renferme des cellules nerveuses.

Laminectomie décompressive

La laminectomie consiste à retirer une petite partie postérieure de la vertèbre (la lame) pour libérer la compression des nerfs par le kyste.

Imbrication

L’imbrication est une technique neurochirurgicale. Elle consiste à ouvrir le kyste et le boucher avec de la graisse prélevée ailleurs, sur le patient lui-même.

La fenestration kystique est une autre technique microchirurgicale pour fermer le kyste.

Complications post-opératoires

Comme toute intervention chirurgicale, l’opération pour traiter le kyste de Tarlov présente des risques potentiels. Ceci est d’autant plus vrai vu qu’il s’agit d’une chirurgie délicate faisant intervenir des terminaisons nerveuses (moelle épinière, nerfs spinaux, etc.).

Il est donc primordial d’évaluer les risques et les peser avec les bénéfices avant d’entamer toute procédure.

Parmi les risques post-opératoires notés, on compte :

  • Déficits neurologiques (temporaires ou permanents)
  • Infections
  • Céphalées
  • Troubles d’incontinence
  • Fuite du liquide céphalorachidien (LCR)
  • Etc.

Kyste de Tarlov, maladie professionnelle ?

Dans certains cas, les patients atteints de kyste de Tarlov peuvent ressentir des symptômes qui les empêchent d’exercer leur activité professionnelle.

À l’heure actuelle, la maladie de Tarlov n’est pas inscrite sur la liste des 30 affections de longue durée (ALD), ni reconnue comme maladie rare. Ceci fait en sorte que les patients ne peuvent bénéficier d’une pension d’invalidité.

Par contre, les formes les plus sévères peuvent être inscrites comme ALD hors piste si les manifestations des symptômes est prolongée, et nécessitent des traitements longs et coûteux.

Outre la reconnaissance de maladie professionnelle, les patients bénéficient de prestations au titre de l’assurance invalidité lorsqu’elles sont devenues inaptes à la poursuite de leur ativité professionnelle.

Une demande auprès de la maison départementale des personnes handicapées leur permet aussi d’obtenir la PCH (Prestation compensatoire du handicap).

Foire aux questions (FAQ)

Quels sont les facteurs de risque associés au développement d’un kyste de Tarlov ?

Les facteurs de risque liés à l’apparition des kystes de Tarlov comprennent des anomalies congénitales et les traumatismes de la colonne vertébrale.

Par ailleurs, certaines circonstances peuvent aggraver les symptômes de ces kystes, tels que l’anesthésie péridurale, le port d’objets lourds, l’accouchement et des traumatismes.

Le kyste de Tarlov est-il héréditaire ou lié à des conditions médicales préexistantes ?

La pathogenèse des kystes de Tarlov demeure incertaine du fait de son exploration limitée par la recherche scientifique.

Néanmoins, diverses théories pathogéniques ont été avancées, incluant des éléments tels que l’inflammation, les traumatismes, des origines congénitales, des processus dégénératifs, voire des implications génétiques héréditaires.

Existe-t-il des précautions ou des mesures préventives pour éviter la formation de kystes de Tarlov ?

Il n’existe pas de mesures spécifiques préventives pour empêcher la formation de kystes de Tarlov.

Souvent asymptomatiques, ces kystes sont généralement découverts de manière fortuite lors d’un examen d’imagerie réalisé pour évaluer une lombosciatique.

Témoignages

Témoignages de personnes ayant un kyste de Tarlov

Références

Les articles et ressources utilisés dans l’élaboration de cet article
  1. Prise en charge des patients souffrant de la maladie des kystes de Tarlov (senat.fr)
  2. Surgical excision of symptomatic sacral perineurial Tarlov cyst: case series and review of the literature | European Spine Journal (springer.com)
  3. pnds_tarlov.pdf (has-sante.fr)
  4. Percutaneous Endoscopic Treatment for a Symptomatic Sacral Tarlov Cyst – ScienceDirect
  5. La maladie de Tarlov peut être reconnue comme une affection de longue durée (lefigaro.fr).
  6. Tarlov Cysts: What Are They and How Can They be Treated? (aans.org)
Notre processus de création d’articles chez Groupe SANTÉPOURTOUS

Chaque article est rédigé par un professionnel de santé qualifié en suivant des procédures de rédaction strictes (en savoir plus). Cet article présent est régulièrement révisé à la lumière des évidences scientifiques les plus récentes.  

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