Maladie de Dupuytren et cancer : Quel lien ?

Article rédigé par le 23 avril 2024

La maladie de Dupuytren, connue pour son tissu cicatriciel progressif et ses déformations digitales, s’accompagne d’un aspect inquiétant : elle est associée à un risque accru de cancer.

Heureusement, des perspectives prometteuses émergent à mesure que nous examinons l’impact des influences environnementales sur ces conditions, offrant ainsi un espoir renouvelé aux patients touchés.

Dans cet article révisé par un professionnel de la santé, nous approfondirons les recherches et les données récentes visant à élucider le lien potentiel entre la maladie de Dupuytren et divers types de cancer. Cette exploration vise à fournir des informations cruciales pour la prise en charge clinique et la compréhension globale de ces affections interconnectées.

Les facteurs environnementaux à l’origine de la maladie de Dupuytren… et de cancers

La maladie de Dupuytren est une affection caractérisée par la formation de tissu cicatriciel anormal dans la paume de la main, ce qui peut entraîner la rétraction des doigts et une perte de fonction.

Il est intéressant de réfléchir à la façon dont différentes maladies peuvent être liées à des facteurs apparemment sans rapport. Par exemple, saviez-vous que des facteurs identiques peuvent favoriser indépendamment le cancer et la maladie de Dupuytren ?

Certaines maladies, comme le diabète, ou certaines habitudes de vie, comme la consommation d’alcool ou une mauvaise alimentation, augmentent la fréquence de ces deux maladies. Cela signifie que la fréquence des cancers peut changer chez les patients atteints de la maladie de Dupuytren sans qu’il soit facile de déterminer la cause de ce changement.

Par exemple, un patient atteint du déterminisme génétique de la maladie de Dupuytren qui fume et boit beaucoup aura une probabilité beaucoup plus élevée de développer les deux maladies. S’il n’y a pas de relation directe entre ces deux maladies, elles sont liées par des facteurs facilitateurs identiques.

Ce que disent les études :
Une étude suédoise a évalué la morbidité de cancers dans un groupe de 15 212 patients traités chirurgicalement pour une maladie de Dupuytren.

Trente ans après l’opération, le risque relatif global de cancer était augmenté de 24%. Les cancers les plus à risque étaient les cancers de la prostate et du rectum chez les hommes, et les cancers du sein chez les femmes. Les autres types de cancers concernés étaient les cancers buccaux, œsophagiens, gastriques, pulmonaires et pancréatiques.

Des facteurs génétiques similaires ?

La maladie de Dupuytren est une maladie génétique complexe, où des marqueurs génétiques interagissent avec des facteurs environnementaux, conduisant au phénotype de la maladie.

Plus précisément, des études ont montré que la voie de signalisation WNT peut jouer un rôle dans la régulation de la prolifération des cellules du tissu conjonctif, qui est altérée dans la maladie de Dupuytren. En somme, un mauvais fonctionnement de cette voie de signalisation peut contribuer à la formation excessive de tissu cicatriciel dans la main, caractéristique de la maladie.

En outre, un mauvais fonctionnement de la voie de signalisation WNT est également impliquée dans le développement de plusieurs cancers, y compris :

  • le cancer colorectal,
  • le cancer du sein,
  • le cancer de la prostate
  • le cancer de l’oropharynx
  • etc.
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Ainsi, on estime qu’il existe potentiellement un lien entre la susceptibilité génétique à la maladie de Dupuytren, et le risque de développer certains types de cancers. Cette hypothèse mérite néanmoins des études plus approfondies.

La radiothérapie utilisée dans la maladie de Dupuytren peut-elle provoquer un cancer ?

Les maladies malignes (comme les cancers) sont souvent traitées avec des fortes doses de radiothérapie. Cependant, des doses faibles à intermédiaires peuvent fournir une solution efficace pour un certain nombre de conditions bénignes. La maladie de Dupuytren en fait partie des troubles inflammatoires et prolifératifs pouvant bénéficier de la radiothérapie.

On estime que les rayonnements ionisants administrés à la région touchée peuvent inhiber la division cellulaire, et induire la mort cellulaire (notamment des fibroblastes responsables de la production excessive de collagène). En somme, l’objectif est d’entraîner une réduction de la contracture des doigts associée à la maladie de Dupuytren.

Heureusement, les effets secondaires sont souvent minimes. Cependant, il faut savoir que l’exposition aux radiations a le potentiel de provoquer un cancer de nombreuses années après le traitement.

Ce que disent les études :
Une étude réalisée par Dr. Stephanie McKeown et collaborateurs a tenté d’examiner les faibles preuves disponibles démontrant la présence de cancers induits par une radiothérapie préalable.

Dans l’ensemble, les auteurs suggèrent que les risques de cancer après la radiothérapie pour une maladie bénigne comme la maladie de Dupuytren sont faibles, surtout chez les patients âgés. Cependant, il est important d’évaluer l’équilibre entre les risques et les bénéfices de cette forme de thérapie, surtout chez les sujets plus jeunes.

Les raisons potentielles pouvant expliquer l’apparition de cancers suite à des séances de radiothérapie sont les suivantes :

  • Effets à long terme de la radiothérapie : La radiothérapie peut endommager l’ADN des cellules saines environnantes, ce qui pourrait potentiellement conduire à des mutations génétiques et favoriser le développement ultérieur de cancers.
  • Effets secondaires tardifs : Certains effets secondaires de la radiothérapie peuvent se manifester des années après le traitement. Par exemple, une fibrose tissulaire ou une inflammation persistante causée par la radiothérapie pourraient créer un environnement favorable à la croissance tumorale.
  • Réponse inflammatoire prolongée : La radiothérapie peut provoquer une réponse inflammatoire prolongée dans les tissus traités, ce qui peut favoriser la croissance de cellules cancéreuses.
  • Interaction avec d’autres facteurs environnementaux : Des expositions environnementales ultérieures, telles que l’exposition à des agents carcinogènes, pourraient interagir avec les effets de la radiothérapie et contribuer au développement du cancer.

Mourir de cancer après une maladie de Dupuytren ?

Selon une étude, les patients atteints de la maladie de Dupuytren présentent des taux de mortalité significativement plus élevés 20 ans après le diagnostic en comparaison avec la population sans la maladie. Plus précisément, les patients atteints de la maladie de Dupuytren sont plus susceptibles de mourir de :

  • divers formes de cancers (notamment le cancer colorectal),
  • de maladies cardiovasculaires,
  • diabète
  • maladies du foie
  • suicide
  • etc.

Il est important de noter que, pour la plupart des causes de cette surmortalité, il y a un délai de plusieurs années avant que cette augmentation ne devienne évidente (jusqu’à 12 ans selon certaines études). Ceci représente une fenêtre thérapeutique importante pour l’intervention des professionnels de la santé.

Par exemple, des chercheurs ont montré qu’en contrôlant le diabète et en cessant le tabac chez les patients atteints de maladie de Dupuytren, le taux de mortalité se voyait significativement réduit.

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Un lien potentiel entre la maladie de Dupuytren et le cancer du sein ?

La maladie de Dupuytren est plus fréquente chez les hommes que chez les femmes. Par contre, cette pathologie peut toucher les deux sexes.

Pour les femmes qui souffrent de cancer du sein, une intervention chirurgicale est souvent nécessaire pour traiter la maladie. On pense notamment à la mastectomie, ou encore toute intervention du sein impliquant une dissection ganglionnaire axillaire.

Parmi les risques possibles, le lymphoedème

Lors de ces opérations, une partie du réseau lymphatique peut être endommagée, affectant ainsi la circulation lymphatique dans la région du sein et du membre supérieur du côté traité. Cette perturbation peut notamment entraîner une condition connue sous le nom de lymphœdème, qui est un gonflement chronique causé par l’accumulation de liquide lymphatique dans les tissus.

Le lymphœdème peut à son tour entraîner une fibrose progressive et une rétraction des tissus conjonctifs dans la région affectée, ce qui peut créer un environnement propice au développement de la maladie de Dupuytren.

Sans oublier l’algodystrophie…

L’algodystrophie, également connue sous le nom de syndrome douloureux régional complexe, est une affection douloureuse et inflammatoire qui peut affecter le membre supérieur après une chirurgie pour cancer du sein. Bien que les mécanismes exacts de l’algodystrophie ne soient pas entièrement compris, il est soupçonné qu’une réponse inflammatoire et neurovasculaire excessive joue un rôle clé dans son développement.

L’algodystrophie peut provoquer une inflammation et une fibrose tissulaire dans la région touchée, ce qui peut entraîner une rétraction des tissus conjonctifs et une perte de fonction articulaire. Dans certains cas, cette fibrose excessive et cette rétraction des tissus peuvent affecter les mains et les doigts, conduisant à une maladie de Dupuytren.

Cependant, des recherches supplémentaires sont nécessaires pour comprendre pleinement la relation entre l’algodystrophie et la maladie de Dupuytren.

Références

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