Occlusion intestinale aiguë : Tout savoir 

Article rédigé par le 28 mai 2024

C’est une journée comme les autres, vous êtes tranquillement en train regarder votre série préférée quand soudain, des douleurs abdominales atroces font leur apparition.

On vous emmène rapidement au service d’urgences le plus proche, et le verdict tombe : vous souffrez d’une occlusion intestinale aiguë (OIA), et une intervention chirurgicale est nécessaire !

L’OIA est une condition que vous pourriez rencontrer de près ou de loin au cours de votre vie. Que ce soit vous-même, un ami ou un membre de la famille qui en souffre, comprendre ce qui se passe réellement dans le corps lors de cette pathologie peut grandement aider à démystifier la situation et à y faire face avec plus de sérénité !

Dans ce présent article, rédigé par un médecin généraliste, vous saurez tout ce qu’il y a à savoir sur l’occlusion intestinale aiguë en termes simples : de ses causes fréquentes aux symptômes alarmants, en passant par les options de traitement et les conseils de prévention.

Les 5 points importants à retenir

  • 1- L’occlusion intestinale aiguë est une urgence chirurgicale qui se produit lorsque le flux normal du contenu intestinal est bloqué par obstruction mécanique ou paralysie des muscles intestinaux.
  • 2- Les maîtres symptômes de l’occlusion intestinale aiguë sont l’arrêt des matières et des gaz (absence de passage de selles ou de gaz) et les douleurs abdominales aiguës sévères.
  • 3- Ses causes courantes comprennent les adhérences après chirurgie, les hernies, les tumeurs, et les maladies inflammatoires chroniques comme la maladie de Crohn.
  • 4- Son diagnostic est généralement établi à l’aide de radiographies abdominales, d’une TDM (scanner) ou d’une IRM, qui permettent de visualiser l’emplacement et la nature de l’obstruction.
  • 5- Son traitement repose, sauf exception, sur une intervention chirurgicale en urgence pour lever l’obstruction.

Qu’est-ce qu’une occlusion intestinale aiguë ?

L’occlusion intestinale aiguë est une situation où le passage normal du contenu à travers les intestins est interrompu. Elle peut se situer à n’importe quelle région de l’intestin grêle ou du colon (gros intestin).

Pour mieux comprendre, imaginez que vos intestins soient un réseau de tuyaux à travers lesquels les aliments doivent circuler après avoir été consommés.

Lorsqu’il y a une occlusion, quelque chose obstrue ce réseau, ce qui empêche son contenu de progresser en direction de la sortie (le rectum).

Mais l’occlusion intestinale aiguë n’est pas toujours due à un obstacle au niveau de la lumière (intérieur) de l’intestin, elle peut se produire également quand les muscles lisses, qui aident normalement à faire progresser les aliments, cessent de fonctionner correctement.

L’occlusion intestinale est qualifiée d’« aiguë », car elle se développe rapidement, nécessitant souvent une attention médicale immédiate pour éviter des complications graves.

Le blocage peut être complet, empêchant totalement le passage des aliments et des fluides, ou partiel, où le passage est seulement réduit.

Dans les deux cas, cela perturbe non seulement la digestion, mais aussi l’absorption des nutriments essentiels, ce qui peut avoir des répercussions importantes sur votre santé générale si ce n’est pas traité rapidement !

Quelles sont les causes de l’occlusion intestinale aiguë ?

L’occlusion intestinale aiguë peut être due à plusieurs raisons. Sa cause la plus fréquente est représentée par ce qu’on appelle les « adhérences ».

Ce sont des cicatrices internes qui se forment après une opération chirurgicale ou une inflammation et qui peuvent littéralement tirer et déformer vos intestins, créant des blocages qui empêchent les aliments de passer normalement.

Ce que disent les études !
Une étude publiée en 2010 met en lumière l’impact significatif des adhérences sur les occlusions intestinales, en indiquant qu’elles sont responsables de 60 à 75 % des cas. Cette recherche, intitulée « The incidence and risk factors of post-laparotomy adhesive small bowel obstruction » et menée par Galinos Barmparas et al., a analysé un total de 446 331 opérations abdominales pour déterminer l’incidence et les facteurs de risque des occlusions intestinales par adhérences (OIA).

Ainsi, si vous avez subi une intervention chirurgicale au niveau de votre abdomen, votre chirurgien vous a sûrement prévenu qu’il existait un risque de formations d’adhérences pouvant provoquer une occlusion intestinale.

Les autres causes d’occlusion intestinale aiguë incluent :

  • Les hernies : elles surviennent lorsque les organes internes, comme une partie de l’intestin, glissent à travers un point faible dans la paroi abdominale. Cela peut former un piège pour les intestins qui se déplacent et se tordent, bloquant le flux normal des contenus intestinaux.
  • Les tumeurs : qu’elles soient cancéreuses ou non, des tumeurs peuvent exercer une pression de l’extérieur sur l’intestin ou se développer à l’intérieur, rétrécissant ainsi le passage et empêchant le mouvement normal du contenu intestinal.
  • Les maladies inflammatoires comme la maladie de Crohn peuvent causer une inflammation sévère, réduisant le diamètre interne des intestins et, parfois, menant à des blocages (notamment par la formation d’adhérences).
  • Les volvulus et intussusceptions : ces deux conditions sont des exemples de torsion ou de glissement des intestins sur eux-mêmes.
    • Dans le volvulus, l’intestin se tord autour de lui-même,
    • Dans l’intussusception, une partie de l’intestin glisse dans une autre, un peu comme quand on replie un télescope.
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Rarement, une occlusion intestinale aiguë est secondaire à la présence d’un corps étranger dans l’intestin. En effet, les corps étrangers, des objets ingérés accidentellement ou intentionnellement, peuvent se coincer dans les intestins et provoquer une occlusion.

Chez les enfants, il s’agit souvent de petits objets comme des pièces de monnaie ou des petits jouets. Chez les adultes, cela peut être dû à l’ingestion de gros morceaux d’aliments non mâchés, comme de la viande.

Bon à savoir !

L’occlusion intestinale se voit également dans des circonstances plus inhabituelles, comme l’ingestion de balles de drogues (comme chez les passeurs de drogue) ou d’autres objets dans le cadre de troubles psychiatriques comme la maladie de Pica (besoin incontrôlable de consommer des substances non comestibles).

Quelle qu’en soit la cause, l’occlusion intestinale perturbe toujours gravement le fonctionnement de vos intestins.

Elle nécessite une intervention en urgence pour rétablir le plus vite possible la fonction normale et éviter d’autres complications, d’où l’importance de reconnaître ses symptômes !Haut du formulaire

Comment reconnaître une occlusion intestinale aiguë ?

Comme mentionné plus haut, l’occlusion intestinale aiguë est une situation pathologique durant laquelle le transit intestinal est bloqué.

Qu’elle soit complète (blocage total) ou partielle, elle s’accompagne (quasi) systématiquement de signes cliniques comme :

Une absence de passage de selles ou de gaz 

on appelle ce signe dans le jargon médical un « arrêt des matières (fécales) et des gaz ». C’est un signe très révélateur d’une occlusion intestinale.

Si vous remarquez que vous n’avez pas eu de mouvements intestinaux ou que vous n’avez pas pu expulser de gaz depuis un certain temps, cela pourrait être un signe d’occlusion.

Des douleurs abdominales 

c’est l’un des signes les plus fréquents et marquants d’une occlusion intestinale. Ces douleurs peuvent être soudaines et sévères, ou se manifester sous forme de crampes qui vont et viennent.

Les douleurs sont souvent localisées au début, mais peuvent devenir plus diffuses à mesure que l’occlusion progresse.

Des ballonnements ou distensions abdominales 

si vos intestins sont bloqués, le gaz et les fluides s’accumulent derrière l’obstruction, ce qui peut rendre votre ventre visiblement gonflé et tendu au toucher.

Des nausées et vomissements 

a présence d’un blocage dans les intestins entraîne des nausées et des vomissements, surtout si l’occlusion est située dans l’intestin grêle.

Bon à savoir !

Dans les cas extrêmes, lors d’occlusions intestinales évoluées, il peut se produire chez le patient des vomissements dits « fécaloïdes », c’est-à-dire contenant des matières partiellement digérées, voire fécales avec une odeur nauséabonde…

En cas d’occlusion intestinale en cours, en plus des symptômes cités plus haut, vous pourriez également vous sentir faible, avoir des sueurs froides, et présenter une accélération du rythme cardiaque.

Si vous ou quelqu’un autour de vous présentez un ou plusieurs de ces symptômes, ne les ignorez surtout pas ! Contactez immédiatement un professionnel de santé ou rendez-vous aux urgences ! Un diagnostic précoce et un traitement rapide, ça permet d’éviter des complications graves, potentiellement mortelles !

Comment se pose le diagnostic d’occlusion intestinale aiguë ?

Le diagnostic d’une occlusion intestinale aiguë est généralement évoqué cliniquement, c’est-à-dire que le médecin pense à cette affection en se basant sur un certain nombre d’éléments cliniques incluant les symptômes et les signes physiques :

Ainsi, s’il suspecte chez vous une occlusion intestinale aiguë, le médecin vous posera d’abord des questions détaillées sur vos symptômes, y compris la nature de votre douleur abdominale, la présence de nausées ou de vomissements, les changements dans vos habitudes de passage des selles et de gaz, ainsi que d’autres signes comme des ballonnements, unesensationde malaise général…

Il procédera ensuite à un examen physique rigoureux avec une palpation de l’abdomen pour évaluer la présence de douleur, de sensibilité, ou de gonflement.

Il écoutera également les bruits intestinaux avec un stéthoscope, car des bruits anormaux ou l’absence de bruits peuvent indiquer une occlusion.

Des tests sanguins peuvent être effectués pour vérifier des signes d’inflammation, d’infection, ou d’autres problèmes comme une déshydratation ou un déséquilibre électrolytique qui peuvent accompagner une occlusion.

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Afin de confirmer le diagnostic d’occlusion intestinale aiguë, le médecin prescrira une radiographie abdominale de face en position debout qu’on appelle dans jargon médical « ASP » (Abdomen sans Préparation).

L’ASP peut montrer typiquement des « niveaux hydro-aériques ». C’est quoi ? C’est tout simplement des images à la radio qui indiquent la présence d’un blocage au niveau de l’intestin, avec des fluides et des gaz piégés dans ce dernier.

Un scanner est souvent utilisé pour une évaluation plus détaillée. Il fournit des images en coupe de l’abdomen, permettant de voir l’emplacement précis de l’obstruction et d’identifier si la cause est due à une hernie, des adhérences, une tumeur

Dans certains cas, une IRM peut être recommandée pour obtenir des images encore plus détaillées, surtout pour des patients chez qui le scanner est contre-indiqué (femme enceinte…).

Bon à savoir !

Chez les enfants ou les femmes enceintes, on utilise parfois une échographie abdominale pour mettre en évidence des occlusions intestinales sans exposer aux rayons X.

Occlusion intestinale aiguë : prise en charge

La prise en charge d’une occlusion intestinale aiguë dépend de la gravité de l’obstruction, de la cause sous-jacente, et de l’état général du patient.

Voici les grandes lignes de la prise en charge :

Stabilisation du patient

Lorsque vous arrivez à l’hôpital avec des symptômes d’occlusion intestinale aiguë, la première étape consiste à stabiliser votre état. Pour ce faire, l’équipe médicale pourrait :

  • Réaliser hydratation intraveineuse pour remplacer les fluides et les électrolytes que vous avez perdus à cause des vomissements et du manque d’absorption intestinale.
  • Poser d’une sonde naso-gastrique (sonde insérée par le nez jusqu’à l’estomac) si vous avez des vomissements ou une distension abdominale significative pour aspirer le contenu gastrique et réduire la pression.

Diagnostic précis

Une fois stabilisé, des examens plus détaillés sont réalisés pour identifier la cause exacte et la localisation de l’occlusion.

Cela peut inclure, comme mentionné plus haut des radiographies (ASP), un scanner, parfois une IRM ou une échographie abdominale (chez les enfants et les femmes enceintes par exemple).

Traitement proprement dit de l’occlusion

Une fois le patient stabilisé et le diagnostic d’occlusion intestinale aiguë posé, il passera directement en chirurgie dans le but de retirer l’obstruction (lever l’obstacle et libérer le passage). Il peut s’agir d’une cure de hernie intestinale étranglée, la résection d’une tumeur, la réparation (ou parfois résection) d’une partie endommagée de l’intestin

Après le traitement initial, le patient est suivi pour s’assurer que l’intestin fonctionne correctement et pour prévenir les récidives. On lui donnera notamment des conseils diététiques, on lui prescrira des rendez-vous réguliers avec le médecin, et parfois des interventions supplémentaires.

Quand consulter ?

Consultez immédiatement un médecin devant les situations suivantes qui peuvent indiquer une occlusion intestinale aiguë en cours :

  • Des douleurs abdominales intenses et soudaines ;
  • Des vomissements répétés ou nausées ;
  • Un arrêt des matières fécales et des gaz (vous n’évacuez rien) ;
  • Une distension abdominale (ventre gonflé, distendu) ;
  • Des signes de choc (faiblesse extrême, sueurs, pâleur, pouls rapide, malaise général, confusion…).

Devant un ou plusieurs de ces signes, rendez-vous directement aux services d’urgence ou appelez les secours (en composant le 15 pour joindre le SAMU en France) !

Avis du professionnel de santé

En matière d’occlusion intestinale aiguë, les maîtres mots sont : vigilance, diagnostic rapide, traitement en urgence ! En effet, il s’agit d’une urgence chirurgicale (ou médico-chirurgicale) qui nécessite une vigilance accrue de la part du patient pour être alerté rapidement devant certains signes d’occlusion et se rendre au plus vite aux urgences où il pourra bénéficier d’un diagnostic précis et une d’une prise en charge précoce.

En tant que professionnels de la santé, nous nous efforçons d’informer le grand public sur les risques de l’occlusion intestinale, surtout ceux qui ont des antécédents de chirurgie abdominale, car ils sont plus susceptibles de développer des adhérences.

La sensibilisation aux signes précurseurs et l’encouragement à adopter des habitudes de vie saines, incluant une alimentation riche en fibres et une hydratation adéquate, sont essentiels.

En ce qui concerne la prise en charge, on vise toujours un traitement prompt et proportionné à la gravité de l’occlusion. Dans les cas où un traitement non chirurgical est possible, par exemple dans certaines occlusions partielles ou les occlusions paralytiques (par paralysie des muscles lisses de l’intestin), cela peut impliquer une gestion conservatrice avec surveillance étroite.

Cependant, si une intervention chirurgicale est nécessaire, l’action doit être décisive pour éviter de compromettre davantage l’intégrité intestinale !

Références

Articles et ressources utilisées dans la création de cet article
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Chaque article est rédigé par un professionnel de santé qualifié en suivant des procédures de rédaction strictes (en savoir plus). Cet article présent est régulièrement révisé à la lumière des évidences scientifiques les plus récentes.

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