Œsophagectomie : guide complet 

Article rédigé par le 1 juillet 2024

L’œsophagectomie est une intervention chirurgicale majeure visant à retirer tout ou une partie de l’œsophage. Cette procédure complexe est destinée principalement au traitement du cancer de l’œsophage et d’autres conditions graves affectant cet organe vital du système digestif. 

Elle nécessite une hospitalisation prolongée, une convalescence importante et peut s’accompagner de complications, telles que des infections, des troubles respiratoires ou nutritionnels. Une préparation adéquate et des soins postopératoires rigoureux sont essentiels pour un rétablissement optimal.

Ce guide complet, rédigé par un médecin, explore les aspects essentiels de l’œsophagectomie : ses indications et les préparations préopératoires, le déroulement de l’intervention, la gestion post-opératoire et les risques associés.

Les 5 points importants à retenir 

  1. L’œsophagectomie est une procédure chirurgicale visant à retirer tout ou une partie de l’œsophage, principalement pour traiter le cancer, les lésions précancéreuses, l’achalasie avancée, et parfois les tumeurs bénignes.
  2. Avant l’intervention, une série de tests diagnostiques est nécessaire pour évaluer l’étendue de la maladie, la faisabilité chirurgicale et la condition générale du patient, y compris des tests cardiaques et pulmonaires.
  3. La préparation inclut souvent des traitements préopératoires comme la chimiothérapie et la radiothérapie. La technique chirurgicale varie entre l’œsophagectomie totale et partielle, utilisant différentes voies d’abord (abdominale, thoracique, et parfois cervicale).
  4. La récupération post-opératoire implique une surveillance étroite en unité de soins intensifs, la gestion des douleurs, la réhabilitation respiratoire, et une reprise progressive de l’alimentation, parfois avec l’aide d’une sonde.
  5. L’œsophagectomie comporte des risques pendant et après l’intervention, tels que des complications pulmonaires, des fistules anastomotiques, et des troubles de la vidange gastrique à long terme. Il est essentiel de surveiller les symptômes postopératoires et d’effectuer un suivi médical régulier.

Rappel sur l’œsophage et sa fonction

L’œsophage est la première partie du tube digestif. Il s’agit d’un conduit tubulaire souple et contractile d’environ 25 cm de long qui relie la gorge (pharynx) à l’estomac. Sa fonction principale est de transporter la nourriture mâchée et les liquides de la bouche vers l’estomac pour la digestion.

L’œsophage est composé de plusieurs couches de muscles qui se contractent et se relâchent en vagues, appelées péristaltisme, pour propulser les aliments vers le bas. Un système nerveux propre situé dans la paroi de l’œsophage commande ce péristaltisme.

Bon à savoir : L’œsophage peut être le siège de nombreuses pathologies dont certaines peuvent nécessiter son ablation partielle ou totale. 

Qu’est-ce qu’une l’œsophagectomie et quelles sont ses indications ? (4 indications possibles)

L’œsophagectomie, également appelée ablation de l’œsophage, est une intervention chirurgicale majeure visant à retirer tout ou une partie de l’œsophage. 

Cette procédure est généralement indiquée pour traiter le cancer de l’œsophage ou d’autres pathologies graves. 

Cancer de l’œsophage

L’œsophagectomie est le traitement curatif principal pour la plupart des cancers de l’œsophage, en particulier lorsqu’ils sont détectés à un stade précoce. Cette chirurgie est souvent nécessaire pour retirer les tumeurs malignes et prévenir leur propagation.

L’œsophagectomie peut également être envisagée pour des cancers plus avancés, en association avec d’autres traitements comme la chimiothérapie ou la radiothérapie

Lésion précancéreuse ou dysplasie sévère

La dysplasie sévère est une affection dans laquelle les cellules de l’œsophage présentent des modifications anormales. Ces modifications peuvent être précancéreuses, ce qui signifie qu’elles peuvent éventuellement évoluer vers un cancer.

Ces lésions précancéreuses peuvent nécessiter une ablation pour éviter leur transformation en cancer.

Tumeurs bénignes de l’œsophage

Certaines tumeurs bénignes, bien que rares, peuvent nécessiter une œsophagectomie si elles sont volumineuses, envahissantes ou causent des symptômes importants comme des troubles de la déglutition.

Achalasie avancée

L’achalasie est un trouble de la motilité œsophagienne caractérisé par une relaxation incomplète du sphincter inférieur de l’œsophage, ce qui entraîne des régurgitations et des difficultés à avaler.

Dans certains cas qui ne répondent pas aux traitements médicamenteux, une œsophagectomie peut être envisagée pour améliorer la déglutition.

À noter : La décision de réaliser une œsophagectomie est prise au cas par cas par une équipe médicale pluridisciplinaire. Elle prend en compte le stade de votre maladie, votre état de santé général, les risques et les bénéfices potentiels de l’intervention, ainsi que vos préférences.

Quels sont les examens à réaliser avant une œsophagectomie ?

Avant de vous proposer une œsophagectomie pour traiter un cancer de l’œsophage, votre équipe médicale doit s’assurer que le cancer peut être enlevé et que vous êtes en assez bonne santé pour subir l’opération

Des tests diagnostiques sont utilisés pour déterminer la taille de la tumeur, vérifier si le cancer s’est propagé et évaluer s’il peut être enlevé chirurgicalement. Des bilans sanguins seront également effectués pour s’assurer de votre opérabilité.

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Vous pourriez également passer des examens cardiaques, comme un échocardiogramme ou un électrocardiogramme (ECG), ainsi que des tests de la fonction pulmonaire pour vérifier la qualité de vos poumons.

Quelles sont les préparations nécessaires avant une œsophagectomie ?

Avant de subir une œsophagectomie, plusieurs préparations peuvent être nécessaires. Elles sont fonction de l’indication de l’œsophagectomie et de votre état général. 

Chimiothérapie et radiothérapie

En cas de cancer, vous devrez probablement suivre des cycles de chimiothérapie et de radiothérapie avant l’œsophagectomie. Ces traitements sont souvent administrés en quatre cycles espacés de quinze jours. Ils permettent de réduire le volume de la tumeur pour faciliter l’intervention et améliorer le pronostic.

Alimentation

Les personnes atteintes de lésions au niveau de l’œsophage ont souvent des difficultés à s’alimenter. Votre équipe de soins évaluera votre poids et votre capacité à vous nourrir. 

Des suppléments nutritionnels, une sonde d’alimentation ou une alimentation intraveineuse peuvent être nécessaires pour améliorer votre état nutritionnel. Une diététiste pourrait également vous aider à planifier votre alimentation avant et après la chirurgie.

Kinésithérapie respiratoire

Avant l’opération, vous travaillerez avec un kinésithérapeute pour pratiquer des exercices respiratoires et renforcer vos poumons. Le chirurgien devra approcher à la fois par l’abdomen et le thorax, ce qui impliquera d’affaisser et de regonfler un poumon. Ces exercices aident à réduire les risques de complications respiratoires postopératoires.

Antibiothérapie

Vous pourriez avoir besoin d’antibiotiques avant de subir une œsophagectomie pour prévenir ou traiter des infections. L’antibiothérapie est surtout indiquée si votre système immunitaire est affaibli par la malnutrition ou par la chimiothérapie

L’antibiothérapie prophylactique est couramment administrée avant une œsophagectomie pour réduire le risque d’infections postopératoires.

À souligner : Les préparations peuvent varier en fonction de votre cas. Pour vous préparer de la meilleure manière possible, il est essentiel de respecter scrupuleusement les consignes spécifiques fournies par votre équipe soignante. 

Comment se déroule l’intervention ?

L’œsophagectomie est réalisée sous anesthésie générale, parfois associée à une péridurale. Le but étant de faire en sorte que vous ressentez le moins de douleur possible après l’intervention. 

Les techniques opératoires sont différentes pour l’œsophagectomie totale et partielle. La technique spécifique utilisée dépendra de votre condition médicale et de l’évaluation de votre chirurgien.

Œsophagectomie partielle (intervention de Lewis-Santi)

L’œsophagectomie partielle utilise une double voie d’abord : cœlioscopie (vidéo-chirurgie) pour l’abdomen et thoracotomie (ouverture large) pour le thorax.

  • Phase abdominale : Elle débute par l‘inspection de l’abdomen pour détecter une extension tumorale. L’estomac est ensuite remodelé en forme de tube (gastroplastie) et libéré de ses attaches. Les ganglions lymphatiques environnants sont aussi retirés ;
  • Phase thoracique : Une fois la partie abdominale de l’opération achevée, le chirurgien vous placera sur le côté gauche et pratiquera une incision dans le thorax pour accéder à l’œsophage. Le poumon est décompressé pour faciliter l’accès. La gastroplastie est alors hissée dans le thorax et connectée à la partie restante de l’œsophage. 

Œsophagectomie totale

L’œsophagectomie totale utilise trois voies d’abord : par l’abdomen, le thorax et le cou.

  • Voie abdominale : Cette approche peut être réalisée par cœlioscopie (petites incisions) ou laparotomie (ouverture abdominale plus large). Elle permet de retirer les ganglions lymphatiques dans l’abdomen et de préparer l’estomac en un tube (gastroplastie) pour remplacer l’œsophage ;
  • Voie thoracique : Effectuée par thoracotomie (ouverture de la poitrine) ou thoracoscopie (petites incisions et vidéo-chirurgie), cette approche permet de retirer l’œsophage malade, la partie supérieure de l’estomac et les ganglions lymphatiques autour de l’œsophage ;
  • Voie cervicale : Réalisée avec une incision au niveau du cou (cervicotomie), cette approche permet de retirer la partie supérieure de l’œsophage et de reconnecter l’estomac préparé (la gastroplastie) à la partie restante de l’œsophage.

Selon une étude menée par JW van den Berg et ses collaborateurs, en 2018, l’œsophagectomie mini-invasive (par vidéo-chirurgie) a nettement réduit les complications postopératoires tout en offrant des résultats oncologiques comparables à l’œsophagectomie ouverte.

Bon à savoir : Des drains sont placés durant l’abord thoracique pour évacuer l’air et les liquides, ainsi que pour détecter d’éventuelles fuites. Une sonde d’alimentation directement reliée à l’intestin grêle peut également être mise en place, en fonction du degré de résection, pour assurer une nutrition adéquate en postopératoire. 

Suite post-opératoire normale 

Après une œsophagectomie, vous serez surveillé de près en unité de soins intensifs. Puis dès que votre état sera stable, vous serez transféré dans votre chambre. La période d’hospitalisation varie selon votre évolution, mais elle dure en moyenne deux semaines

Gestion des douleurs et kinésithérapie respiratoire  

Il est possible que des douleurs se manifestent dans la région opérée, notamment au niveau du thorax. Ces douleurs seront gérées par des médicaments qui seront adaptés en fonction de votre ressenti. 

Des séances de kinésithérapie respiratoire sont prescrites quotidiennement et réalisées dès le premier jour postopératoire. 

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Reprise de l’alimentation

Une sonde naso-gastrique est laissée en place après l’œsophagectomie pour vider le contenu de l’estomac pendant les premiers jours postopératoires. Elle est retirée vers le cinquième jour après l’intervention et l’alimentation orale peut alors être reprise de manière progressive :

  • des liquides
  • des aliments mixés et fractionnés
  • et enfin, des aliments solides

Point important : Votre diététicien vous guidera pour établir un plan alimentaire adapté à vos besoins, visant à prévenir les carences nutritionnelles et à maintenir un poids adéquat.

Alimentation par sonde

Si une sonde d’alimentation a été mise en place durant l’œsophagectomie, elle sera utilisée précocement, dès le deuxième jour postopératoire, en commençant par de l’eau sucrée, suivie par l’introduction de poches d’alimentation dès le troisième jour. L’ablation de la sonde d’alimentation dépendra de plusieurs facteurs, tels que :

  • la cicatrisation de la plaie chirurgicale ;
  • la reprise du transit intestinal ;
  • votre nutritionnel général. 

À titre d’information : En général, la sonde d’alimentation est retirée 4 à 6 semaines après l’intervention chirurgicale.

Quels sont les risques et complications possibles liés à une œsophagectomie ?

L’œsophagectomie est une intervention chirurgicale complexe qui comporte des risques de complications pendant et après l’intervention.

Risques durant l’intervention

Comme toute chirurgie majeure, l’œsophagectomie comporte des risques, notamment :

  • Lésions des organes voisins ;
  • Saignements importants : pouvant nécessiter une transfusion sanguine pendant l’opération ;
  • Fractures de côtes : principalement causées par la thoracotomie, durant l’ouverture du thorax. 

Complications postopératoires immédiates

Les complications peuvent inclure :

  • Complications pulmonaires : infection des poumons ou difficulté respiratoire ;
  • Fistules anastomotiques : défaut de cicatrisation au niveau de la suture entre l’œsophage et l’estomac entraînant des douleurs, de la fièvre, ou un abcès ;
  • Nécrose du transplant gastrique : souffrance et mort du tissu de l’estomac restant. Elle nécessite une intervention en urgence pour enlever l’estomac nécrosé ; 
  • Troubles de la vidange gastrique : digestion lente occasionnant une gêne thoracique après le repas et alimentation orale réduite. Les symptômes digestifs peuvent persister plusieurs semaines après l’œsophagectomie.

Complications à distance

À long terme, les complications éventuelles peuvent inclure :

  • Sténose de l’anastomose : rétrécissement des tissus à l’endroit où l’estomac et l’œsophage sont connectés pouvant causer des blocages lors de l’alimentation ; 
  • Reflux gastro-œsophagien : remontée de liquide gastrique occasionnant des brûlures d’estomac et des remontées d’acides ;
  • Diarrhées : dues à la section des nerfs entourant l’estomac ;
  • Syndrome du petit estomac : sensation de satiété précoce même avec des repas peu copieux, d’où ma nécessité de fractionnement du repas.

Quand consulter ?

Il est important de consulter immédiatement un médecin en cas de symptômes suivants après une œsophagectomie :

  • Fièvre élevée (supérieure à 38° C) ou frissons ;
  • Douleur thoracique intense ou persistante ;
  • Difficultés respiratoires, 
  • Toux importante ou expectoration de sang ;
  • Nausées et vomissements importants ;
  • Diarrhée sévère ou sanglante ;
  • Incapacité à tolérer l’alimentation orale ;
  • Perte de poids importante ;
  • Fatigue importante.

La récupération complète peut prendre plusieurs mois. Vous devrez suivre des consultations régulières avec votre équipe médicale pour surveiller votre progression. 

Pour trouver un professionnel de santé proche de chez vous, vous pouvez toujours consulter notre répertoire.

Témoignage

Bonsoir à toutes et à tous,
Voilà, on a découvert chez mon père un cancer de l’œsophage (1/3 inférieur) en février dernier. Il a été opéré en mai après 4 séances de chimiothérapie. Après l’intervention, il a eu une importante complication (choc septique et détresse respiratoire) qui l’a conduit à être dans le coma artificiel durant 3 semaines.
Durant ce temps, l’alimentation n’a pas été reprise en raison du fait qu’il n’avait pas de transit. Après 1 mois de passage en réa, il est de retour en chambre dans le service de chirurgie. L’alimentation est reprise petit à petit avec en alternance l’alimentation via la sonde de gastrostomie.
Mi-juillet, il peut enfin rentrer à la maison mais il rencontre beaucoup de difficultés pour s’alimenter. Les aliments passent mais il les vomit aussitôt. Cela lui a engendré une perte de poids importante (- 22 kilos). Je souhaiterais avoir des témoignages de personnes qui ont vécu cela.

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Références

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