Vulvodynie : tout savoir sur cette douleur de la vulve

Article rédigé par le 16 mai 2024

La vulvodynie est une douleur vulvaire chronique sans lésion visible mais ressentie avec acuité par celles qui en souffrent. Souvent méconnue et sous-diagnostiquée, elle affecte la vie quotidienne et la santé sexuelle de nombreuses femmes de tout âge

Bien que les rechutes et les récidives puissent survenir, nombreuses sont celles qui constatent une amélioration, que ce soit spontanément ou après un traitement médical approprié.

Dans cet article rédigé par un médecin, nous allons explorer les multiples facettes de la vulvodynie : sa définition, ses symptômes, ses différentes formes, ses facteurs de risque, son diagnostic et sa prise en charge.

Les 4 points importants à retenir

  1. La vulvodynie est une douleur chronique de la vulve sans lésion visible, caractérisée par une sensation de brûlure, souvent sans démangeaisons, pouvant être déclenchée par le contact ou spontanée.
  2. Il existe deux formes principales, la vulvodynie localisée et la vulvodynie dysesthésique, affectant différemment selon l’âge et la zone de la vulve.
  3. Son origine exacte est inconnue, mais elle peut être liée à des dysfonctionnements du système nerveux, des antécédents d’accouchement traumatique, des déséquilibres hormonaux, et d’autres facteurs de stress physique ou émotionnel.
  4. Le traitement se fait par une approche pluridisciplinaire avec hygiène périnéale, médicaments, kinésithérapie, et soutien psychosexologique, visant à gérer les symptômes et à améliorer la qualité de vie.

Qu’est-ce que la vulvodynie ?

La vulvodynie est un terme qui désigne une douleur persistante de la vulve. Cette condition se manifeste par une douleur continue qui dure depuis plus de trois mois, en l’absence de toute lésion apparente ou de pathologie neurologique détectable. 

La douleur est présente au quotidien et peut fluctuer en intensité. Elle peut durer plusieurs mois, voire années, avant d’être prise en charge. Les périodes de rémission sont rares et courtes, ne dépassant généralement pas quelques semaines.

Bon à savoir : entre 8 à 10 % des femmes peuvent souffrir de vulvodynie, et cette condition représente jusqu’à 15 % des motifs de consultation dans les services de gynécologie.

Existe-t-il différentes formes de vulvodynie ?

Il existe deux formes principales de vulvodynie :

  • La vulvodynie localisée, aussi appelée vestibulodynie, se manifeste par une douleur au contact, principalement chez les femmes jeunes, âgées de 20 à 40 ans. Cette douleur est localisée au niveau du vestibule et apparaît pendant ou après une pression exercée sur cette zone. 

À noter : dans de rares cas, la douleur peut aussi toucher le clitoris, ce qu’on appelle la clitorodynie.

  • La vulvodynie dysesthésique se caractérise par une douleur spontanée, qui affecte l’ensemble de la vulve. Elle est plus fréquente chez les femmes qui sont en périménopause ou déjà ménopausées.

Quelles sont les autres causes de douleurs vulvaires persistantes ? (6 causes)

Il y a plusieurs autres facteurs qui peuvent être à l’origine de douleurs vulvaires chroniques. Parmi eux, on trouve :

  • Les maladies inflammatoires, comme le lichen plan qui provoque une inflammation et des lésions sur la peau et les muqueuses.
  • Les infections récurrentes, telles que les mycoses qui entraînent des démangeaisons et des irritations persistantes. Il y a également l’herpès génital, le papillomavirus ou le zona (Affection cutanée douloureuse causée par la réactivation du virus varicelle-zona (VZV), le même virus qui provoque la varicelle);
  • Les réactions allergiques, comme la dermatite de contact, une inflammation de la peau qui survient suite à l’exposition à des irritants ou des allergènes ; 
  • Les cancers et les états précancéreux peuvent causer des douleurs et des changements dans le tissu vulvaire ;
  • Les affections neurologiques ou neuropathies dues à un virus de l’herpès ou à une compression médullaire ;
  • Certaines cicatrices post-accouchement peuvent parfois entraîner des douleurs dues à la guérison ou à des modifications tissulaires.

À quoi est due la vulvodynie ?

Bien que des recherches approfondies aient été menées, l’origine exacte de la vulvodynie reste méconnue. Elle semble résulter d’un dysfonctionnement du système nerveux qui gère la douleur. 

Habituellement, la douleur sert de signal pour alerter le corps d’un potentiel dommage tissulaire. Cependant, dans le cas de la vulvodynie, il semble que le cerveau interprète des signaux de douleur sans qu’il y ait de lésion réelle. De plus, les mécanismes normalement en place pour moduler cette douleur ne fonctionnent pas comme ils le devraient.

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Les facteurs de risque de vulvodynie

Plusieurs facteurs de risque ont néanmoins été identifiés pour expliquer l’apparition de cette douleur :

  • Des antécédents d’accouchement traumatique, tels que des déchirures ou des épisiotomies particulièrement douloureuses ou profondes.
  • L’utilisation de la pilule contraceptive peut influencer l’équilibre hormonal et la sensibilité des tissus.
  • La colopathie, ou syndrome de l’intestin irritable, peut avoir des répercussions sur la région pelvienne.
  • La chirurgie génitale peut entraîner des changements dans la structure ou la sensibilité des tissus.
  • Les agressions sexuelles ou les viols peuvent laisser des séquelles physiques et psychologiques profondes.

Les facteurs favorisants la vulvodynie 

Certains événements de vie peuvent également favoriser l’apparition de la vulvodynie, comme :

  • La ménopause, avec ses changements hormonaux et l’impact sur l’image corporelle de la femme ;
  • La dépression peut altérer la perception de la douleur ;
  • Les troubles alimentaires, comme l’anorexie ou la boulimie, affectent la santé globale et peuvent influencer la sensibilité à la douleur ;
  • Les problèmes conjugaux ou les ruptures peuvent avoir un impact émotionnel et physique ;
  • Les problèmes familiaux ou le deuil peuvent induire un stress susceptible d’affecter la santé physique.

Quels sont les symptômes de la vulvodynie ?

La vulvodynie se caractérise par une douleur au niveau de la vulve, qui peut être généralisée ou localisée à des zones spécifiques : le vestibule (vestibulodynie) ou le clitoris (clitorodynie)

Douleur à la vulve 

Cette douleur est souvent décrite comme une sensation de brûlure intense et invalidante, qui peut s’accompagner d’autres symptômes tels que :

  • l‘inconfort
  • l’irritation
  • les picotements
  • les tiraillements
  • les pincements,
  • ou la sécheresse

Point important : les démangeaisons sont habituellement absentes.

La vulvodynie peut se manifester de manière spontanée, sans aucun contact, ou être déclenchée par divers facteurs tels que :

  • les relations sexuelles
  • le port de vêtements serrés
  • l’utilisation de tampons
  • la position assise prolongée
  • l’application de produits d’hygiène ou de médicaments topiques
  • les examens gynécologiques
  • et certaines activités comme le vélo ou l’équitation

À souligner : ces douleurs peuvent entraîner une aversion pour les rapports sexuels et une diminution du désir. La vulvodynie peut donc considérablement affecter la qualité de vie et la vie sexuelle des femmes qui en souffrent.

Signes associés à la douleur

Au cours de la vulvodynie, des tensions ou des dysfonctionnements musculaires dans la région entourant la vulve sont souvent présentes.

Il est fréquent que les femmes souffrant de vulvodynie rapportent également d’autres types de douleurs chroniques pour lesquelles aucune cause spécifique n’est identifiée, tels que :

  • des envies fréquentes d’uriner ;
  • des douleurs dans le bas-ventre ;
  • la fibromyalgie, caractérisée par des douleurs musculaires et articulaires étendues ;
  • le syndrome du côlon irritable, un trouble intestinal provoquant maux de ventre, gaz, diarrhées et constipation.  ;
  • Etc.

Quand consulter ?

Devant toute douleur, inconfort ou gêne persistant, spontané ou provoqué, au niveau de la vulve, il est important de consulter un médecin. La consultation vous permettra de faire une évaluation complète et d’obtenir le traitement adapté.

Si vous cherchez un médecin dans votre région, vous pouvez consulter notre répertoire.

Comment établir le diagnostic de vulvodynie ?

Lorsque vous consultez un gynécologue, c’est souvent la description que vous faites de votre douleur, associée à l’absence de lésions visibles ou d’autres pathologies, qui permet au médecin de suspecter une vulvodynie.

Il se peut que des examens complémentaires soient requis pour éliminer les autres causes de douleurs pelviennes chroniques.

Une fois que les causes organiques ont été exclues, le diagnostic de vulvodynie, surtout de vestibulodynie, peut être confirmé par un simple test : le test du coton-tige. Lors de ce test, la douleur est provoquée par la légère pression d’un coton-tige sur la zone affectée.

Bon à savoir : si la vulvodynie est diagnostiquée en présence d’une autre maladie (comme le lichen ou des mycoses récidivantes), le médecin établira que cette maladie ne peut pas, à elle seule, expliquer la douleur persistante que vous ressentez. 

Comment soigner la vulvodynie ?

La clé du traitement de la vulvodynie réside dans la reconnaissance de vos symptômes et la compréhension de votre vécu de la part de votre médecin. Une explication claire de la pathologie et une approche empathique vous permettront déjà de vous rassurer.

Avis du médecin : la vulvodynie n’est pas considérée comme une maladie « incurable ». Bien que les rechutes et les récidives puissent survenir, de nombreuses personnes constatent une amélioration, soit de manière spontanée, soit grâce à un traitement médical adapté.

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Votre parcours de soins sera pluridisciplinaire, impliquant souvent la collaboration de divers spécialistes tels que les gynécologues, dermatologues, neurologues, kinésithérapeutes, sexologues, psychologues et experts en gestion de la douleur.

Traitements locaux

Une hygiène périnéale adéquate est cruciale, évitant les irritants et assurant une hydratation suffisante de la muqueuse, surtout après la ménopause. Cela peut inclure l’utilisation lors des rapports sexuels de :

  • lubrifiants, 
  • œstrogènes locaux,
  • ou de crèmes hydratantes.

Médicaments antidouleurs

Des bains de siège à l’eau et l’application de topiques émollients comme la vaseline ou l’huile d’amande douce peuvent soulager la douleur. 

L’anesthésie locale avec de la lidocaïne, en gel ou en spray, particulièrement pendant les rapports sexuels, ou l’utilisation d’antalgiques oraux (paracétamol, aspirine, codéine, etc.), peut être bénéfique. 

Si la douleur a un impact psychologique significatif, un traitement antidépresseur avec de l’amitriptyline peut être initié. Les doses sont inférieures à celles utilisées pour les troubles de l’humeur et sur une période d’environ six mois.

Kinésithérapie périnéale

Des séances de rééducation périnéale avec un kinésithérapeute expérimenté dans cette pathologie peuvent vous aider. Ces séances comprennent des massages des muscles périnéaux et des exercices de biofeedback pour réduire la tension musculaire, un facteur contribuant à la douleur.

Une étude menée par Natalie O. Rosen, en 2019, a mis en évidence l’existence de preuves probantes qui appuient et préconisent l’utilisation de méthodes non médicamenteuses, telles que la psychothérapie et la kinésithérapie, dans la prise en charge de la vulvodynie.

Prise en charge psychosexologique

Le soutien psychologique est essentiel et la participation à des groupes d’entraide peut être recommandée par votre médecin. L’objectif de la psychothérapie n’est pas de faire disparaître mais de soulager la souffrance psychologique qui peut maintenir ou même causer la vulvodynie. 

Des consultations avec un sexologue peuvent être utiles, surtout si votre vulvodynie s’inscrit dans un contexte de difficultés conjugales. Dans ce cas, faire une thérapie de couple peut vous être bénéfique.

Rarement la chirurgie peut être envisagée

Dans des cas extrêmes et rares, une intervention chirurgicale telle que la vestibulectomie, qui consiste à retirer la muqueuse vestibulaire douloureuse, peut être envisagée après l’échec des traitements médicaux.

Témoignages

Cela fait maintenant sept mois que je souffre de symptômes au niveau de la vulve et de l’orifice vaginal. Aucun signe de mycose, d’eczéma ou autre problème évident, tous les examens et analyses sont revenus négatifs. Je viens de consulter un professeur en dermatologie qui a conclu qu’il s’agissait de vulvodynie.
[…]Je vais vous expliquer comment cela est arrivé dans mon cas.
J’ai subi une hystérectomie vaginale avec conservation des ovaires en octobre dernier. L’opération s’est bien déroulée. […] Lors de la visite de contrôle, cinq semaines après l’opération, le gynécologue m’a dit que j’avais une petite infection à cause des fils restants dans le fond du vagin. Il les a donc enlevés et j’ai pris des antibiotiques pendant sept jours. Ce problème a été résolu, mais quelques jours plus tard, j’ai ressenti une gêne à la vulve et au bord du vagin. J’ai donc reconsulté et on m’a prescrit des ovules qui ont finalement aggravé la situation. Les symptômes ont continué à s’empirer avec des crises de démangeaisons.
Conclusion : il s’agirait de vulvodynie secondaire due à un traumatisme lié à l’opération. […]

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Références

Les ressources utilisées dans la création de cet article
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